—Comme toi, est-ce pas?

—Épargne ma modestie.

—Car c’est une chose rare qu’une femme sincère, naïve et fidèle comme toi.

—Tu me ferais rougir.

—Prends garde, on ne rougit que de pudeur ou de honte!

—Mon Dieu! que ce soir tu me traites brusquement; quelle politesse brutale, quelle réserve!—Quand je t’embrasse, ou quand je te caresse, c’est comme si je te touchais d’un fer rouge, tu frissonnes.—Peut-être as-tu quelque chose contre moi? ai-je pu te blesser, ai-je pu te déplaire, mon amour? Il faut parler, il faut dire ce que tu as sur le cœur; épanche ton chagrin; je suis ton amie, il ne faut rien me cacher, je te consolerai.

—Poison et orviétan, tout à la fois!

—Que veux-tu dire?—Tu vois bien que tu te caches de moi; je te fais souffrir, je te gêne.—Mon Dieu, quel mystère!—Parle-moi, parle-moi, je t’en prie! dis ma faute, je la réparerai, dussé-je en mourir! Tu m’en veux?—On m’aura calomniée, il y a des gens si pervers!...

—Oui! c’est vrai, mon amie, ce n’est pas que je le croie, on t’a calomniée. Des méchans t’ont noircie, ils ont dit que tu me jouais, que tu m’étais joyeusement infidèle. Mais je t’affirme que je ne les crois point, c’est un infâme mensonge!

—Bien infâme!... Il faut que tu aies bien peu de confiance en moi, il faut que tu aies de moi une misérable estime, pour que quelques paroles qu’on aura débitées te changent tant et si subitement à mon égard, et te jettent dans un pareil trouble.