—On m’a dit que tu étais volage, mais je t’affirme que cela ne me trouble point.
—C’est peu libéral de ta part. On viendrait faire sur toi les rapports les plus admissibles, comme les plus honteux, je ne voudrais pas même les entendre. Tu n’as pas de confiance en moi, Passereau!
—Si, si, ma belle, je t’apprécie.
—Moi, ton amie, moi te tromper, jamais! mais je t’aime, je t’aime au-dessus de tout! Passereau, tu es mon Dieu! Nous sommes liés l’un à l’autre par un serment plus sacré que tous les sermens faits à la face des hommes; et je trahirais ce serment, moi! peux-tu croire cela, Passereau? Ingrat; injuste, tu m’outrages!—Que t’ai-je donc fait? qui a pu m’avilir à tes yeux? je suis une femme d’honneur, Passereau, saches-le! Mais quel infâme a pu m’accuser de libertinage!... Moi, cloîtrée, retirée, n’usant pas de la liberté que généreusement tu me laisses; non, non, Passereau, crois-moi, je suis digne de toi, je suis innocente! j’en prends le ciel à témoin! Forte de ma conscience, je ne chercherai pas à me laver de cette sale calomnie.—Si tu savais combien je t’aime, si tu comprenais l’étendue de mon amour pour toi? Je t’aime tant, je t’aime tant! plutôt que de trahir mon devoir et ma foi, plutôt que de te trahir, je me tuerais!
—Oui! plutôt la mort que l’ignominie.
—Oh! tu m’effraies, ne me regarde pas ainsi! Tes yeux, comme des prunelles de tigre, roulent dans l’ombre.
—Ma bonne, voudrais-tu venir avec moi, j’ai bien envie de faire un voyage? je suis ennuyé de Paris.
—Quand cela?
—Au plus tôt.—Partons demain si tu veux? allons à Genève.
—Demain, dimanche? je ne puis.