—Mon Dieu! Passereau, comme tu trembles en me parlant; tu souffres donc beaucoup?

—Oui!...

—N’est-ce pas cette allée?

—Oui, va droit et sans crainte.

A peine Philogène eut-elle fait quelques pas qu’elle disparut dans les ténèbres.—Passereau s’étendit de tout son long, prêtant l’oreille contre terre, écoutant dans une effroyable anxiété.—Tout à coup Philogène jeta un cri déchirant, et l’on entendit un bruit sourd comme celui d’un corps humain qui fait une chute, un grand bruissement d’eau agitée et des gémissemens qui semblaient souterrains.—Alors Passereau se leva avec les convulsions d’un démoniaque et se précipita à toute jambe dans l’allée de framboisiers.—A mesure qu’il approchait, les cris devenaient plus distincts.—Au secours! au secours!—Brusquement il s’arrête, s’agenouille et se penche rez-terre sur un large puits.—L’eau, tout au fond, était remuée; de temps en temps, quelque chose de blanc reparaissait à sa surface, et des plaintes épuisées s’échappaient.—Au secours, au secours, Passereau, je me noie!—Courbé, silencieux, il écoutait sans répondre, comme penché sur un balcon, on écoute une lointaine mélodie.—Les gémissemens peu à peu s’éteignaient.—Alors, avec une voix forte, grossie encore par l’écho du puits, Passereau hurla:—Tu veux du secours, ma belle? c’est bien, attends! je vais dire au colonel Vogtland qu’il t’apporte un Arétin!

Philogène répondit par une plainte râlée affreusement.—Elle flottait encore à la superficie, déchirant de ses ongles la muraille ruinée.—Passereau, alors, avec un grand effort, détacha et fit tomber sur elle, une à une, les pierres brisées de la margelle.

Tout redevint silencieux, et morne comme une vision funèbre, toute la nuit, il passa et repassa sous les tilleuls.


VIII
FIN TRÈS NATURELLE