—Non, à demain.

—Demain, demain! on ne doit jamais remettre cette sorte d’affaire.

—Il faut que j’aille dîner.

—Je ne puis vous laisser partir, je m’attache à vos pas. Vous iriez maltraiter Philogène. Vidons de suite la querelle.

—Il faut que j’aille dîner.

—Allons dîner, où allez-vous? Je vous suivrai.

—Au premier restaurant, là, au coin, rue Castiglione. Voulez-vous accepter?

—Merci, chacun son écot.

Là-dessus, se dirigèrent vers la rue de Rivoli, notre écolier et notre soldat, ou notre soldat et notre écolier, je laisse à chacun la faculté de donner la préséance à qui bon lui semblera suivant son goût et sa prédilection. Vit-on jamais couple d’hyménée mieux assorti entrer chez un traiteur, faisant nopces et festins? Un gros ossu, d’une stature hyperbolique,—qui aurait pu servir d’observatoire, Dieu en soit loué! à feu Mathieu Lemsberg,—un tueur par l’épée; c’est l’époux d’une part.—Un petit minois, enfantin et joliet, qui aurait pu faire un charmant docteur à l’usage des dames, un tueur par Broussais; c’est l’époux d’autre part.—Comme pour une partie fine ils s’enfermèrent dans un cabinet très particulier, je suis sûr qu’il en vint de mauvaises pensées dans l’esprit du garçon. Ceci nous montre qu’il ne faut point s’arrêter aux apparences. Gardons-nous de jugemens téméraires, il est si facile de prendre, ainsi que dans cette occurrence, des gens qui vont se couper la gorge, pour des gens qui vont se l’embrasser.

—Ce repas, pour l’un de nous deux, sera le dernier, sera le viatique, dit alors Passereau; il convient de le faire copieux, sans nul égard pour les ordonnances somptuaires de feu très constant roi Henri deuxième, que lui-même sans doute outrepassa souventefois en l’honneur de madame Diane, et qu’à plus solide raison, nous pouvons bien enfreindre en l’honneur de madame la mort.