—La plaine est obscure et solitaire, lève-toi, ma grande amie, et descendons le clos; viens errer, là-bas, près de la citerne; il y a bien long-temps que je ne me suis agenouillé sur cette terre; le houx ombrageant son berceau mortuaire, a peut-être été brouté? Allons voir.

—Oh! non pas, ce houx est vert et touffu et l’herbe haute et belle; mes pleurs sont une pluie féconde, et je les en arrose chaque nuit.

—Chaque nuit tu descends à la source?

—Oui! chaque nuit: quand tout dort en la maison, je me lève et descends faire ma prière sur sa tombe; quand j’ai bien prié et bien pleuré sous le ciel, je me sens plus calme. La nature semble me pardonner mon crime; il me semble entendre dans le silence universel une voix partant des étoiles, qui me crie:—Ton crime n’est pas le tien, faible enfant de la terre, il est aux hommes! à la société!... que son sang retombe sur eux et sur elle!... Je rentre avant l’aurore, et je goûte alors un sommeil plus paisible et sans rêves affreux.

—Mystérieuse! pourquoi ne me parlas-tu jamais de tes visites nocturnes? je m’y serais trouvé aussi, moi, je serais venu prier et pleurer avec toi!

—Garde-t-en, Champavert, garde-t-en bien, tu me perdrais! Plusieurs fois, mon père soupçonneux m’a suivie, j’en suis sûre, je l’ai vu, là, caché derrière le mur de la citerne, il m’écoutait; nous nous serions trahis. Aussi, ai-je bien soin de prier bas, de peur qu’il n’entende pourquoi je prie. Il m’a demandé plusieurs fois, avec un sourire d’intelligence, si je n’étais pas somnambule: j’ai feint de ne pas comprendre, et, sans me déconcerter, j’ai répondu que cela pouvait bien être.

Ils étaient presque au bas du sentier rapide qui conduit à la source; la lune avait disparu, le ciel était noir, quelques éclairs passaient comme des phosphores à l’horizon, Flava était appuyée sur le bras de Champavert, qui froissait dans sa main une branche de verveine.

—Quelle odeur plus suave que cette verveine des Indes! Aimes-tu les fleurs, Flava?