—Beaucoup.

—Toi, aimer les fleurs, Flava, c’est de l’amour-propre! aimes-tu les parfums?

—Beaucoup.

—Pour moi, je les aime follement! on dit que cela sied mal à un homme, que m’importe! je n’en suis pas plus efféminé pour cela. Si je me laissais aller, je remplirais mon logis de plantes balsamiques, je me chargerais de senteurs comme une petite maîtresse. Quand je suis accablé, une branche de chèvrefeuille odorant est pour moi toute une consolation.

Bien des cavaliers montent la garde pour une belle, à son balcon; moi, je la monterais pour une fleur; bien des cavaliers font de longs chemins pour causer d’amour, j’irais en Espagne pour une bergamote, en Orient pour du benjoin; bien des cavaliers vendent leur manteau pour en jouer le prix, moi, je troquerais le mien contre un flacon d’essence de roses.

Mais, pour moi, par-dessus tout, Flava, tu es le flacon le plus odorant, le réséda le plus suave, le baume arabique le plus précieux! Aussi, pour toi, je ferais plus que de guetter sous un balcon, je ferais plus qu’un pèlerinage, je ferais plus que de me dépouiller de mon manteau, je vivrais, si tu l’exigeais!...

—Tu te trahis encore, Champavert, serais-tu prêt? dis-le-moi, je t’en prie, souviens-toi de ta promesse!

—Oh! non pas cela, je veux dire que si j’étais décidé au néant, et que tu voulusses que je vécusse, je vivrais.

—Champavert, tu blasphêmes en parlant ainsi de néant, tu me fais mal infernalement!... Regarde donc ce ciel sillonné, cette plaine, ces monts, cette majestueuse nature! regarde-moi! et après cela, crois au néant si tu peux?

—Comme toi, Flava, j’aimai jadis les poëmes et les phrases.