—A quel propos, lui demanda-t-elle, t’occuper de cette escopette?

—Pour rien, mon amie, seulement pour enlever la rouille qui la ronge.

—Ah! seulement pour enlever la rouille; à quoi bon alors mettre cette pierre neuve? Hélas! Santa Virgen! que fais-tu là? de la poudre! des balles! voudrais-tu la charger? C’est imprudence, non, je t’en prie; il arrivera malheur, cette arme est à la portée de tout venant.

—Il arrivera malheur..... peut-être!....

—Mais à quoi bon? réponds-moi.

—A quoi bon? tu veux savoir?—Eh bien! demain, je dois partir pour l’intérieur des terres, j’ai à faire des achats de bois; des bandes de marrons infestent les routes; je pense qu’il est bon de ne point marcher sans armes.—Amada, où est donc mon cuchillo? il était là, je ne le retrouve plus.

—Le voici, mon bon, mais qu’avez-vous besoin de ce poignard sur vous?... est-ce pour les marrons de demain?...

—Plaise à Dieu!....

Après la bourrasque de Barraou, Amada, sans dire mot, acheva sa cuisine et prépara la table de la cène. Pour lui, se promenant à grands pas devant la case, de temps en temps il regardait au loin avec un air d’impatience. Tout en s’occupant du ménage, Amada, intérieurement agitée et bouleversée, avait l’âme meurtrie de cent pensées diverses; elle jetait cent conjectures, la plupart étranges et absurdes. Elle aurait donné sa plus belle nuitée de plaisir, ou son chapelet d’or indulgencié pour être au lendemain, ou pour lire au plus petit coin du cœur de Barraou. Souventes fois, elle laissait tomber de gros soupirs.