Nous allons, pour nos lecteurs qui ne les connaîtraient point, en donner quelques extraits, à l’appui de ce que nous venons d’avancer.
Voici la pièce qui ouvre le recueil; nous la citons préférablement parce qu’elle est pleine de douleur et d’une franchise rare, et qu’elle contient quelques circonstances de sa vie dont nous n’avons pu parler: elle est adressée à un ami qui lui avait donné l’hospitalité, à ce qu’il paraîtrait, dans un temps où, comme Métastase, il n’avait pour abri que le ciel et le pavé.
Quand ton Pétrus ou ton Pierre
N’avait pas même une pierre
Pour se poser, l’œil tari;
Un clou sur un mur avare
Pour suspendre sa guitare:
Tu me donnas un abri.
Tu me dis:—Viens, mon Rhapsode,
Viens chez moi finir ton ode;
Car ton ciel n’est pas d’azur,
Ainsi que le ciel d’Homère
Ou du provençal trouvère;
L’air est froid, le sol est dur.
Paris n’a point de bocage;
Viens donc, je t’ouvre ma cage,
Où, pauvre, gaîment je vis;
Viens, l’amitié nous rassemble,
Nous partagerons ensemble
Quelques grains de chenevis.
—Tout bas, mon âme honteuse
Bénissait ta voix flatteuse
Qui caressait son malheur;
Car toi seul, au sort austère
Qui m’accablait solitaire,
Léon, tu donnas un pleur.
Quoi! ma franchise te blesse?
Voudrais-tu que, par faiblesse,
On voilât sa pauvreté?
Non! non! nouveau Malfilâtre,
Je veux, au siècle parâtre,
Etaler ma nudité!
Je le veux, afin qu’on sache,
Que je ne suis point un lâche,
Car j’eus deux parts de douleur
A ce banquet de la terre,
Car, bien jeune, la misère
N’a pu briser ma verdeur.
Je le veux, afin qu’on sache
Que je n’ai que ma moustache,
Ma guitare, et puis mon cœur
Qui se rit de la détresse;
Et que mon âme maîtresse
Contre tout surgit vainqueur.