II
SALTATIO, TURBA, MORS
Dans les salons, une hilarité cordiale ou goguenarde régnait: on ne s’occupait nullement du bruit extérieur, l’usage étant de faire pareille cérémonie lorsqu’un vieillard épousait une jeune fille.
Une cape brune était suspendue à l’entrée de la galerie qui servait de vestiaire. La mariée dansait avec un beau cavalier qu’on n’avait encore qu’entrevu dans la soirée; ils paraissaient plus occupés de leurs chuchotemens que de leur danse. Le marié, à l’autre angle du salon, courtisait une fillette de sa parenté.
La grande salle se terminait par une loge ouverte sur un préau; elle était couverte de conviés, dames, cavaliers, vieux, duègnes, qui, sous prétexte de respirer l’air frais de la nuit, venaient donner libre essor à leur satire, à leur méchanceté. C’était un conflit d’incidences, d’interlocutions; un orchestre de voix flûtées, sourdes, éraillées, chevrotantes; une collection de minois et de mines ridées par le gros rire ou avivées par un sourire malin, trahissant des claviers d’ivoire, ou des bouches crénelées comme un donjon, ou denticulées comme la corniche de la voûte.
—Quel est donc le beau cavalier avec lequel minaude l’épousée?
—Senorica, vous êtes méchante!
—Ha! ha! ha! regardez donc là-bas don Vésalius, échâssé dans ses calzas bermijas et son pourpoint noir; par mahom! ses jambes dans ses bottines ne vous semblent-elles pas des plumes dans un encrier? Voyez-le donc sauter avec Amalia de Cardenas, rondelette, fraîche et rose; ne vous semble-t-il pas monseigneur Saturnus?
—Ou la mort qui fait danser la vie.
—La danse d’Holbein.