—Oh! bien oui, dit l’inconnu en cape brune, Philippe II le protège, ce chien de Flamand; encore hier, Torrijo, le boulanger de la Cebada, a disparu, à coup sûr pour le pâté de nôces; c’est une horreur! il faut en finir!
—Le roi a beau le protéger, murmurait le peuple, il faut le brûler vif.
—Chrétiens! cet homme est un hérétique! un nécroman! un Flamand! Il mérite la mort! dirent alors bénignement quelques moines du couvent de Nuestra señora de Atocha, nouvellement fondé par les pères Garcia de Loaysa, inquisiteur général, archevêque de Séville, et Fray Juan Hurtado de Mendoza, confesseur de l’empereur Carlos V, auxquels se joignirent en masse les religieux du couvent royal de San Geronymo.
—A mort! criait la foule, que repoussaient les hallebardiers, lui jurant à la face.
—A mort! répétait le cavalier emmantelé.
—A mort! hurlaient les moines qui, crucifix au poing, attisaient la populace. A mort! mettons le feu.
Tout à coup, l’imminent orage éclata. Des cris de rage et de mort pleuvaient; la tourbe se ruait dans le porche, un moine brandissait une torche sur sa tête; mais, les hallebardiers, secourus par Henrique Zapata et plusieurs autres écoliers, résistèrent vigoureusement et firent battre en retraite à cette canaille déchaînée, ce qu’elle fit en mugissant; en revanche le vacarme redoubla: elle frappait sur des cloches, des lames, des chaudières; c’était un tonnerre cinglant, abasourdissant, une symphonie presque homicide.