—Non! non! Les murs d’un cachot sont de bons conseillers, qui font soupçonneux et prudent: je ne te suivrai pas, mon ennemi!... Qui me dit que ce n’est point un piège, et qu’au bout de ce long corridor sombre ne sont pas quelques affidés qui m’attendent la hache au poing?... Ah! tu sais te venger, Patrick!...
Tu seras sans doute allé dire à ceux qui m’ont plongé dans ce repaire: «Vous avez là un homme qui vous gêne, il me gêne aussi; voulez-vous que ma haine serve la vôtre? voulez-vous de mon bras? je m’en charge.» Puis tu viens m’annoncer ma liberté, et c’est la mort qui m’attend derrière cette muraille.... Ah! tu sais te venger, Patrick!
Après tout, tu es loyal, tu ne me trompes pas; car si la mort m’attend derrière cette muraille, derrière la mort m’attend la liberté. Oui! c’est là, seulement, que l’homme peut concevoir quelque espérance de la rencontrer; si toutefois, comme tant d’autres prestiges, ce n’est point un creux simulacre. Va! je te suis!... Survienne ce qu’il voudra! Je ne serai point un lâche; plutôt vingt coups de poignard dans ma poitrine que pourrir en ce cachot! Va, je te suis!
Avec l’anxiété d’un esprit empli de fantômes et de visions par l’exaspération de la souffrance, il suivit Patrick, et vit en effet, avec un étonnement toujours croissant, toutes les grilles, toutes les portes tomber devant eux. Quand ils eurent passé le dernier pont-levis, ses craintes s’étant tout à fait évanouies, sa joie éclata en transports fous.... Alors, portant les yeux sur sa lettre de grâce qu’il tenoit encore froissée dans ses mains, et lisant: A la requête de M. Patrick Fitz-White, et en sa seule considération, nous octroyons.... il se jeta aux genoux de Patrick en criant:—Patrick, Patrick! que vous êtes généreux! Oh! je vous dois la vie! Oh! comment vous témoigner assez de reconnoissance! Je vous ai tant outragé!... Que je suis indigne! que je suis misérable! Je doutois de vous! Je ne pouvois croire.... L’enfer peut-il comprendre le Ciel!
Pardon, pardon de tout le mal que je vous ai fait! Ma vie entière désormais ne sera consacrée qu’à me laver de mes crimes envers vous. Je ferai tout pour rentrer en votre estime; car celui qui est estimé de vous doit l’être de Dieu. Quant à votre amitié, ne me la rendez jamais, ce seroit la profaner! Gardez-la pour des cœurs plus droits que le mien. Oh! vous avez ma reconnoissance éternelle!
—Fitz-Harris, point de reconnoissance. Vous ne me devez rien, je vous ai dit que je ne me vengeois point avec le fer; mais je ne vous ai point dit que j’étois sans vengeance; la voici donc ma vengeance: un bienfait pour un outrage. Celle-ci est plus cruelle, je crois, que la vengeance avec le fer, qu’en dites-vous? forcer quelqu’un qui vous hait à vous bénir, même malgré lui, dans le for de sa conscience; forcer un homme à rougir, à crever de honte devant son semblable; c’est là, si je ne me trompe, une vengeance! Qu’en dites-vous, Fitz-Harris? Nous sommes quitte à quitte, ce me semble?