—Moi libre! Oh! non, c’est un rêve! C’est une folie!... Je ne puis croire?... Plus de fer, plus de pierre, plus de bourreaux? De l’air, du ciel, des fleurs, des femmes?... Oh! non, cela ne se peut pas, cela ne m’est pas réservé!... Je sais bien que je suis un homme perdu; cette nuit j’ai entendu l’horloge de la mort!
—Allons, viens, Fitz-Harris; partons sans retard. Le vent capricieux qui ouvre les portes les referme souvent aussitôt: hâtons-nous!
—Mais elle est donc morte?
—Qui?
—L’infâme! La Putiphar!
—Tais-toi, Fitz-Harris; deviens plus sage. Tu viens d’en dire encore assez pour que si tu en étois sorti, on te rejetât dans ce cul-de-basse-fosse; et, n’en étant point dehors, pour qu’on te plonge dans la citerne-aux-oublis.
Allons, viens; suis-moi, je t’en supplie! Tiens, voici ta lettre de grâce.
—Fitz-Harris la lui prit des mains et la froissa sans la regarder. Puis, en chancelant, il s’avança jusqu’à la porte; et là s’arrêta court, en disant:
—Te suivre, Patrick?... Oh! non pas! La raison me revient: je t’ai offensé; je t’ai trahi; j’ai été lâche envers toi; tu es mon ennemi! tu m’en veux! tu as soif de te venger!... Non, non, je ne te suivrai pas!... Geôlier, refermez mon cachot; je ne sortirai pas d’ici.
—Fitz-Harris, je ne suis point ton ennemi, tu ne m’as point offensé, ou si tu l’as fait, j’en ai perdu mémoire. Nous sommes enfants malheureux de la même terre; je suis ton compagnon, ton frère dévoué. Ah! tes doutes me déchirent le cœur!... Viens, suis-moi sans crainte; viens, ami, viens avec ton frère.