Vous n’ignorez pas le jugement qui vient de flétrir en Irlande M. Fitz-Whyte votre ami, votre amant ou votre époux, n’importe! vous n’ignorez pas non plus sans doute que la place d’un contumax n’est point parmi les gardes gentilshommes de sa majesté? Il faut que M. Fitz-Whyte parte, il faut que pour l’exemple je le chasse solemnellement.

Vous n’ignorez pas, d’autre part, mon amour ou mon caprice pour vous! caprice que vos dédains ont irrité et rendu persévérant; caprice dont les obstacles ont fait une passion véhémente. Je vous aime, my fair lady, je vous aime! et voyez jusques à quel point: voulez-vous sauver Fitz-Vhyte?...

—Assez, assez! monsieur; je comprends de reste. Que ne doit-on pas espérer d’un aussi noble cœur que le vôtre! Vous êtes venu ici pour maquignonner de la vertu d’une malheureuse femme? Peine vaine, monsieur! Vous êtes venu pour m’envelopper, moi crédule et foible, dans les replis d’un marché tortueux? Je ne serai point abusée, Dieu m’éclaire!

Vous voudriez que dans l’espoir de sauver mon âme de l’opprobre que vous lui préparez, car Patrick est mon âme, je me livrasse angoisseuse......... Je ne comprends pas le dévouement jusque-là. Et quand vous m’auriez souillée et que je vous réclamerois le salaire de ma honte, vous me ririez à la face, satan!

—Ce n’est point un marché que je vous propose, my fair lady, c’est simplement un échange de déshonneur contre déshonneur.

Pour vous rendre à mes désirs, il faut que vous manquiez à votre honneur d’épouse; moi, pour sauver Fitz-Whyte, il faut que je manque à mon devoir de capitaine: forfait pour forfait, nous n’aurons point à rougir l’un devant l’autre.

Croyez-moi, soyez sage; descendons ensemble dans l’abyme du mal, et descendons-y en habit de fête; descendons-y joyeux. On dit que tout au fond il est jonché de fleurs où s’enivrent des plus rares plaisirs, des plaisirs proscrits, ceux qui ont osé franchir ses abords épouvantables et descendre ses ravins affreux. Ne faisons pas fi du crime: il est, comme certaines femmes au masque laid, repoussant pour le vulgaire; mais souvent aussi comme elles il a des beautés secrètes qui recèlent des plaisirs ineffables.

—Avec votre duplicité, vos sophismes, vos cajoleries, pour toute femme abandonnée de Dieu, vous pourriez être dangereux; mais pour moi, je vous le répète, vous n’êtes qu’un importun. Sortez, monsieur le marquis!

—Alors, avec de l’audace et de la violence, voyons ce que je vous serai....

—Arrêtez, monsieur!... ce cas je l’ai prévu: je ne suis plus seule ici comme l’autre jour; ma tranquille contenance auroit dû vous l’apprendre.