En rentrant chez lui, notre merveilleux reçut une lettre fort aimable de madame Putiphar: elle le prioit de venir la saluer le plus tôt possible. Ceci le remit un peu de sa déconvenue.

Le lendemain, en courtisan heureux, il accourut à son petit lever.

—Ah! marquis, lui dit-elle, je suis enchantée de l’empressement que vous avez mis à vous rendre à ma semonce.

—Puissé-je, madame, n’en recevoir jamais que d’aussi douces.

—Dites plus vrai, que de moins indifférentes. Un gentilhomme à bonnes fortunes, comme vous, n’a pu trouver ce billet fort tendre, ou s’il l’a trouvé tel, ce ne peut être qu’en en pressurant le texte et tout à fait contre mon bon plaisir. Je vous proteste, marquis, que je ne suis point amoureuse de vous! Ceci vous surprend, sans doute, vous que toutes les femmes adorent! Mais veuillez, je vous prie, faire exception de moi; les exceptions font valoir les règles. Rassurez-vous marquis; mettez-vous à vos aises! Sur l’honneur, je n’aie point l’intention de vous séduire! S’il n’y avoit eu que moi pour vous débaucher, assurément vous mourriez comme Newton ou comme sainte Agnès ou sainte Rose de Lima.

—Mais est-ce là, madame, car je suis peu docte en ces matières, ce qu’on entend par le système de Newton. En ce cas, M. Arouet de Voltaire aurait fort bien pu se dispenser d’en donner un abrégé à l’usage des dames. D’ailleurs, en thèse générale, les dames ne sont pas pour les abrégés.

—Marquis, vous allez trop loin; vous mettez les pieds dans le plat et la mariée sur les toits!

—C’est vous, madame, qui tout-à-l’heure avec vos sarcasmes impitoyables me cassiez mes vitres d’une façon tant soit peu effrontée.

—Pardieu! marquis, de quoi vous plaignez-vous? n’êtes-vous pas un fat, et tout fat ne mérite-t-il pas d’être persiflé?