Des fleurs, des bougies, des parfums, des canapés, des vases, des rubans, du damas, une voix mélodieuse, une mandoline, des miroirs, des joyaux, des diamants, des colliers, des anneaux, des pendants d’oreille, une femme belle, gracieuse, languissamment couchée!... L’imagination pourroit-elle concevoir rien de plus séducteur? et n’étoit-ce pas assez pour jeter le trouble dans une jeune âme, si facile à l’enthousiasme, et pour la première fois se trouvant dans un boudoir? Qui de nous, assez heureux pour pénétrer dans ce lieu le plus secret du gynécée, n’a ressenti sous la puissance d’un charme inconnu une voluptueuse émotion?
Frappé, ébloui, par tant d’éclat, d’apparat et de magie, Patrick demeura quelques instants dans l’admiration et l’hésitation; puis, tout d’un élan, il vint s’agenouiller aux pieds de madame Putiphar et coller ses lèvres tremblantes sur ses babouches indiennes, brodées d’or et de pierres fines.
Jouissant de ses transports enfantins et de l’agréable impression qu’elle avoit faite sur son esprit, elle laissa tomber sur lui, du haut de sa nonchalance, un regard aussi riant que sa bouche.
Un sentiment suave, dont elle avoit perdu le souvenir et qui pour cela lui sembloit aussi nouveau que le premier battement d’amour au cœur d’une jeune fille, humectoit son âme décrépite. Son corps, usé par les débauches, pour qui le plaisir n’avoit même plus d’assez fortes titillations, se pâmoit aux chastes attouchements d’une bouche posée sur son pied.
Il n’y avoit plus de doute possible; un amour qui par les sens s’étoit timidement approché du cœur de cette femme, venoit tout-à-coup d’y pénétrer profondément, et d’y éclater en maître.
Sur le déclin du jour, à l’heure où les ténèbres descendent, quelquefois le ciel semble renaître soudainement à la splendeur; ces derniers feux sont plus étincelants et plus embrasés que les feux du midi.
Ce n’étoit pas un amour plein de confiance, d’illusion, de folie, d’enthousiasme, semblable à celui qui s’éveille dans la jeunesse. C’étoit de l’amour jaloux, de l’amour inquiet, de l’amour savant, de l’amour goulu de jouissances; c’étoit de la passion matérielle. Cet amour-là est si loin des premiers, qui élèvent la pensée, qui déroulent l’intelligence, qui ennoblissent, qui dévouent, qui émancipent, qu’il n’a pas une sensation assez noble, assez délicate pour qu’elle puisse être exprimée; pas une idée qui puissent s’exhaler comme un parfum; pas de vague, point de rêverie; les sens seuls y parlent d’une voix rauque; enfin c’est un amour creux, inerte et stupide quand il n’agit pas; éhonté, persévérant, implacable quand il est blessé ou dédaigné.
Patrick, lui ayant donné les marques d’un respectueux hommage, se releva; elle lui commanda, avec un air de grandeur familière, de s’asseoir à ses côtés, et Patrick obéit en disant:
—Tout-à-l’heure, entrant dans ce séjour de fée, au milieu de mon enivrement, des sons harmonieux de voix humaine et de guitare ont caressé mon oreille. Vous chantiez, madame? Pourquoi faut-il que je sois venu, comme un grossier pâtre, troubler du bruit de mes pas la vallée solitaire et le chant de philomèle!... Pardonnez-moi, madame, cette idylle et le rôle malencontreux que j’y joue.