—Vous êtes musicien, sans doute, sir Patrick?
—Moins que je le voudrois pour mon contentement.
—Oh! dites-moi quelque chant de votre pays!
—Quoique souvent, ainsi qu’un Hébreu sur les bords du fleuve de Babylone, je m’asseye et je pleure quand je me souviens de Sion, je n’ai point suspendu ma harpe aux saules, et je ne vous répondrai point, madame: Comment chanterois-je un cantique du Seigneur dans une terre étrangère? car je ne suis point ici auprès d’une ennemie de mon Dieu. Je vous chanterai tout ce qui pourra vous plaire, madame; mais je crains que nos airs populaires, simples, lents, expressifs, ne vous soient insupportables, accoutumée comme vous l’êtes aux ariettes d’opéra.
En retour, je ne vous demande qu’une seule faveur, celle de daigner achever la romance que mon arrivée a interrompue.
—Oh! ce n’est que cela, sir Patrick?... Je vous avertis qu’il ne me restoit plus qu’un seul couplet, que voici:
Madame Putiphar, ayant préludé sur sa mandoline, se mit à soupirer d’une voix perlée, pleine de sentiment, de cadence et d’afféterie:
Iris, de tant d’amants qui vivent sous vos lois,
A qui donnez-vous votre voix,
A la perruque blonde ou brune,
Au plus chéri de la fortune?
Hélas! que je serois heureux
Si c’étoit au plus amoureux.
Cette musique est pleine d’agrément, n’est-ce pas? elle accompagne merveilleusement la délicatesse de cette poésie.
—Pourtant, s’il m’étoit permis de m’exprimer, à moi profane, elle m’avoit semblé mieux dans l’éloignement. N’est-elle pas un peu fade et maniérée? Ne trouvez-vous pas ces paroles assez sottes.