A ce spectacle Patrick en apparence demeuroit assez froid; cependant ses regards subitement enflammés s’arrêtoient parfois amoureusement sur ces éloquentes nudités; et la Putiphar, qui devinoit son émotion, souffloit sur cet embrasement par les poses les plus excitantes et l’abandon le plus coupable. Il y avoit en lui un combat violent entre sa fougue et sa raison, entre son appétit et son devoir. Il comprenoit parfaitement toutes les invitations tacites de la Putiphar; ses sens y répondoient, son sang bouilloit, il trembloit de fièvre. Comme une main invisible le penchoit sur elle ainsi qu’on se penche sur une fleur pour en aspirer le parfum. Lorsque, l’esprit éperdu, il se sentoit sur le point de se jeter sur ce corps ravissant et de lui appliquer de longs baisers, ses mains s’agrippoient au canapé, et il se retenoit avec violence.

Puis, lorsqu’un peu de calme lui revenoit et qu’il songeoit à toutes les souillures qu’avoit dû subir ce corps, sur lequel il n’y avoit peut-être pas une seule place vierge pour y coller ses lèvres, un rideau de fer tomboit entre elle et lui, ses sens se glaçoient, sa raison comme un marteau brisoit et pulvérisoit ses désirs, et l’image de Déborah s’élevoit alors comme une apparition au-dessus de ces ruines.

Fatigué par cette lutte, craignant à la fin de foiblir et de se trouver enlacé dans une séduction irrésistible, pour trancher brusquement le charme, il se leva et se mit à se promener au pourtour du boudoir, en examinant un à un les tableaux et les peintures des boiseries.

Mais pour ramener à l’autel et au sacrifice la victime qui s’échappoit, madame Putiphar dit à Patrick:—Revenez, s’il vous plaît, auprès de moi, monsieur; je ne vous tiens pas quitte: payez-moi de retour, rendez-moi ariette pour ariette, vous m’avez promis une chanson irlandoise.

—Madame, je n’ignore point tout ce que je vous dois.

—Allons, venez ici, lutin!...

Patrick ne pouvoit sans une impolitesse manifeste se tenir plus long-temps éloigné. Il revint donc s’asseoir sur le divan à la même place, prit la mandoline, et chanta une longue ballade.

Durant tout le temps de cette psalmodie, madame Putiphar, dans une sorte d’extase, lui donna toute son attention et touts ses regards: elle le contemploit avec l’air de satisfaction d’une mère ravie des gentillesses de son enfant, ou d’une amante qui se félicite en son esprit du bel objet de son heureux choix. Elle étoit fière de sa conquête, pour sa beauté, pour sa jeunesse; elle se complimentoit de ce que, sur le retour de l’âge, le sort lui avoit réservé une si fraîche proie.

Quand Patrick eut achevé son chant, elle le remercia avec des démonstrations presque phrénétiques, lui serrant les mains et les appuyant sur sa poitrine, qui bondissoit.