—Madame, vous allez m’enivrer, je ne suis point buveur.
—Vous n’êtes point buveur: qu’êtes-vous donc? qu’aimez-vous donc? Car un homme, un jeune homme surtout, impétueux, ne peut être sans aucune passion. Cela ne se voit point, cela n’est pas possible, cela seroit monstrueux! Mais quoi vous ronge! quoi vous domine? qu’aimez-vous? que faites-vous enfin! Seriez-vous joueur?...
—Joueur!... madame, je n’ai jamais mis les pieds dans un brelan.
—Vous n’êtes pas buveur, vous n’êtes pas joueur.... Aimez-vous les spectacles?
—Je ne m’y ennuie pas; mais ce n’est point un besoin pour moi.
—Vous n’êtes ni joueur, ni buveur, ni friand de spectacles... Aimez-vous la danse et le bal?
—Madame, je ferois le sacrifice de danser pour une femme que je chérirois, si le premier sacrifice que j’exigerois d’une femme semblable n’étoit pas celui de renoncer à la danse.
—Êtes-vous chasseur?
—Madame, je n’ai point en moi d’instinct féroce à assouvir. J’éprouve un trop constant sentiment d’admiration pour les fauves et les oiseaux, ces parfaites créatures, louanges vivantes de Dieu, pour prendre jamais à tâche de les anéantir. Je ne me crois pas meilleur bûcheron que chasseur: je rêverois sous un tilleul; j’écouterois chanter une alouette, mais je ne saurois les frapper, j’ai horreur de toute destruction.
—Vous faites par trop la bégueule, mon pastoureau; sans être, je pense, plus sanguinaire que vous, cette main, que vous avez couverte de baisers si tendres, aux chasses de Pharaon a plongé le couteau dans le cœur de plus de mille cerfs aux abois.