Habituée, à grand renfort d’anecdotes et d’aventures licencieuses, à bercer et à mettre en belle humeur Pharaon, amateur de contes comme Scha-Baham, mais de contes bien scabreux, elle essaya du même procédé sur Patrick. Toute la cour fut passée en revue; maison du Roi, maison de la Reine, maison de la Dauphine, maison de Madame et de Mesdames, maison de monseigneur le duc d’Orléans; enfin tout le clergé et toute la ville.
Justement, la veille, elle avoit reçu le journal que lui tenoit de tout ce qui arrivoit d’étrange et de célèbre en son abbaye la Gourdan—alcahueta—de la rue Saint-Sauveur; le journal que M. de Sartines lui dressoit pareillement de touts les faits scandaleux et atroces ressortissant de la police de Paris et du Royaume; et le journal de sa police à elle, particulière, occulte et non moins active que celle du charlatan M. de Sartines.
Les drôleries les plus divertissantes, les historiettes les plus libidineuses, les énormités à faire tomber le feu du ciel ne manquèrent pas; mais, loin de produire le même effet sur l’esprit de Patrick que sur le royal esprit de Pharaon, ces turpitudes lui soulevèrent le cœur de dégoût, et l’affectèrent douloureusement.
Ainsi, tout le repas s’écoula en ces causeries entremélées de propos fort lestes, et d’agaceries sans ambiguïté.
Au dessert elle demanda cinq ou six flacons de champagne mousseux à madame du Hausset, qui seule avoit fait le service.
—Cinq ou six flacons de vin de champagne!... répéta Patrick d’un air émerveillé; madame, que voulez-vous faire de cette provision?
—Qu’est-ce que cela, mon bel ami, pour un grand garçon comme vous! Vous avez si peu voulu boire en mangeant que vous devez être oppressé?
—Bien loin de là, madame, j’ai bu, plus qu’à ma suffisance; j’ai accoutumé de vivre fort sobrement.
—N’allez-vous pas me faire accroire qu’avec deux bouteilles de champagne on vous avineroit comme feu le Régent. Allons, tendez votre verre; ne seriez-vous pas honteux de me laisser boire seule?