XXVIII.

Patrick, de son côté, passa cette nuit dans une grande agitation, mais qui n’avoit ni la même source ni le même caractère.

Après avoir été éconduit si brutalement de Trianon, au lieu de rentrer dans la ville, où, à cette heure avancée, il n’eût point trouvé d’auberge ouverte, il se résigna très-volontiers à errer dans la campagne en attendant le jour.

Ayant pris à l’aventure un chemin, il se trouva, après un peu de marche, sur la lisière d’un bois où il s’enfonça avec ce saint frémissement qui saisit toujours une âme rêveuse pénétrant dans un lieu profond, sombre, silencieux; et il alla s’asseoir sous un orme touffu, dont les branches, inclinées jusqu’à terre, formoient un pavillon de verdure sur le bord escarpé d’un étang.

Perdu dans l’obscurité sous ces branchages il se plaisoit à voir passer et folâtrer, et brouter autour de lui dans une sécurité parfaite, les lièvres, les biches, les chevreuils; il ressembloit à ces frontispices de fables où se voit Ésope, Phèdre ou La Fontaine, environné de bêtes en familiarité.

Quand son esprit n’étoit point dissipé par un follet glissant à fleur d’eau, par un effet de lune à travers le feuillage, par la société de quelque fauve, ou par le chant de quelque oiseau nocturne, il tomboit dans une grande tristesse.

A peine au tiers de la vie, comme un voyageur lassé, déjà il faisoit halte, et se retournoit pour mesurer la route qu’il avoit parcourue. Il se sondoit pour voir ce qu’il lui restoit de force pour achever son douloureux pélerinage.