Disposez de moi, je me livre à vous en expiation.
—Je l’avoue, il me seroit doux, abandonnée, esseulée comme je le suis, d’avoir un ami qui m’aideroit à me retirer de l’abyme où me voici plongée; j’avoue que cet ami me seroit bien agréable, ayant le projet de me rendre à Genève pour soustraire à la rage des ennemis de Patrick, qui sont les miens, moi et l’enfant que je porte. Dieu veuille que ce soit un fils, et qu’il soit le vengeur de son père! Mais je ne puis rien accepter de vous, que j’abhorre. Toute relation avec vous seroit criminelle.
Portez ailleurs votre perfidie. Je vous défens formellement, en quel temps et en quel lieu que ce puisse être, de vous représenter devant moi, et de me souiller de votre voix et de votre regard.
—Au nom de Dieu, madame, soyez plus humaine! Jetez un voile épais sur mon passé, dont je gémirai secrètement toute ma vie! Acceptez sans scrupule mon dévouement; ne m’ôtez pas ce seul moyen en mon pouvoir de réparer mes torts si grands envers vous.
—J’ai dit; je n’en ferai rien; ne vous obstinez point; partez, vous avez toute mon exécration!
—O mylady, que vous êtes loin d’avoir la générosité de votre époux!
—Je ne pardonne jamais.
—Au nom du ciel, mylady, pardonnez-moi. Pardonnez une faute dont je suis repentant! Ne me laissez pas partir chargé de votre ressentiment. Grâce! grâce!
—Non, jamais!... Si j’étois homme, je vous frapperois de cet épée; je suis femme, je n’ai que les armes des vieillards; je vous maudis!... Sortez!... Abomination sur vous!
—Mêler aux remords qui me rongent, mylady, votre malédiction, c’est me tuer!... Vous répondrez de ma vie devant Dieu.