—Permettez-moi de récuser à l’avance toutes consolations, je les considérerois comme autant d’outrages.

J’ai répondu avec franchise et complaisance à vos questions, madame; j’espère que vous voudrez bien me traiter avec un pareil égard, et que vous daignerez répondre à celle que je vais vous adresser. Suis-je accusée ou coupable de quelque crime?

—Non pas, que je sache, mylady.

—Alors de quel droit, contre toute justice, s’est-on emparé de moi et m’a-t-on entraînée et emprisonnée dans cette demeure?

—Pour vous sauver de l’abandon où vous étiez, isolée et étrangère; et du besoin où vous auriez pu tomber, et où il n’est pas séant de laisser tomber une fille de noble et haute famille.

—L’intérêt qu’on me porte est trop violent, madame; c’est un zèle indiscret et insultant que je blâme et repousse. Mais pourrois-je au moins savoir qui professe une si exorbitante bienveillance pour moi? Au nom de qui m’a-t-on conduite en ce refuge? quel est ce refuge et quel sort m’y attend?

—Vous le voyez, j’en suis désolée, mylady, mais je ne puis encore vous satisfaire sur touts ces points. Dans quelques jours vous saurez tout.

—Ce mystère ne sauroit être que ridicule ou criminel, et je vous fais l’honneur de vous estimer trop grave pour prendre part à une stupide mascarade, ou trop honnête pour vous prêter à un infâme complot. Suis-je ici, répondez-moi, en une prison d’État?

—Ce séjour, mylady, a-t-il l’air d’un donjon? et moi, ai-je l’air d’un geôlier?