—Qui êtes-vous pour avoir de la rigueur à votre service?
—Je suis le gouverneur de ce château.
—Le gouverneur de ce château ne sera jamais le mien.
—Trève de plaisanterie, mylady.
—Alors trève de vous, monsieur.
—Mais, dites-moi, dans quel but vous enfermer ainsi?
—Vous auriez pu, monsieur le gouverneur, vous dispenser d’une question aussi sotte.
—Que gagnerez-vous à cette résistance? vous serez tôt ou tard dans la nécessité de baisser le pont. Vous êtes une folle, de vouloir sans munitions soutenir un siège: et un siège contre qui? contre des gents qui vous chérissent. Cédez enfin, je vous en prie, il ne vous sera fait aucun reproche, aucune punition, je vous le jure sur l’honneur: vous pouvez croire un vieux soldat.
—Jeune ou vieux, soldat ou citadin, je vous crois, monsieur, mais veuillez croire aussi que je ne me rendrai point à vos harangues. Je vous le déclare, je suis inébranlablement résolue à ne sortir d’ici que pour sortir de ce repaire, et je n’ouvrirai qu’à M. Goudouly, le maître de l’hôtel Saint-Papoul, que j’habitois. Allez rue de Verneuil, chercher M. Goudouly, ou laissez-moi en repos.
—Corps-Dieu! voilà comme vous répondez aux ménagements qu’on apporte avec vous! cria alors M. de Cervière avec un accent de colère brutale! Vous voulez qu’on vous maltraite, on vous maltraitera! Croyez-vous donc qu’il soit si difficile de pénétrer jusques à vous et d’effondrer votre porte? Nous allons voir....