—Oui, je vous répondrai que vous êtes une femme abominable, et que vous faites un métier aussi abominable que vous! Vous êtes mal venue avec moi, vous n’aurez pas toutes vos aises. Je vous foule aux pieds vous et vos piéges! Vous avez beau entourer ma jeunesse d’images obscènes, vous ne la corromprez pas! Vous m’avez menti, je ne suis point chez le comte de Gonesse, un honnête homme, je suis chez un gueux! Je suis dans une de ces maisons qui n’ont point de nom pour une bouche pudique, et vous me destinez sans doute au trafic de mon corps et aux plaisirs des passants.

—Au nom des saints Anges, mylady, je vous l’affirme, croyez-moi, toutes vos appréhensions sont fausses et injustes. Vous êtes impitoyable pour moi; je suis une femme d’honneur au service d’un homme d’honneur, qui vous a donné asyle en son domaine: voilà la vérité devant Dieu! Qui a pu vous mettre au cœur si grande colère et si affreux soupçons? Est-ce l’indécence de ces tableaux que vous avez brisés? Ils appartenoient à la personne qui occupoit dernièrement votre chambre. J’avois tant recommandé à vos valets de les ôter, mais les maudits exécutent si mal mes ordres! je vous en fais mes humbles excuses. Pourquoi, mylady, ne voulez-vous pas ouvrir, à moi, si bonne pour vous? Oh! vous feriez perdre patience! Ouvrez donc, vous dis-je!...

—Madame, je n’en ferai rien.

—On ouvrira de force.

—Peut-être.

Voyant qu’il n’y avoit rien à obtenir d’un esprit si irrité et si ferme, La Madame se retira.

Le bain et la colère avoient épuisé les dernières forces de Déborah, qui depuis la veille dans l’après-midi n’avoit pris aucune nourriture: elle se mit à table. Malgré son grand appétit, elle mangea avec beaucoup de réserve, pour ne point trop attaquer le peu de provisions qu’elle se trouvoit avoir, et d’où devoit dépendre la durée du siège qu’elle se préparoit à soutenir. Plusieurs fois, dans la journée, La Madame revint heurter à la porte et renouveler ses instances. Déborah ne répondit point. Le lendemain matin trois coups frappés très-violemment la réveillèrent en sursaut.—Qui est là? demanda-t-elle. Cette fois une grosse voix d’homme cria: De par le Roi et la Justice, ouvrez! Déborah répliqua de son lit: Le Roi et la Justice sont-ils tout-puissants?

—Oui, certes! répondit M. de Cervière, car c’étoit lui.

—Eh bien, alors qu’ils ouvrent, et qu’ils entrent.

—Mylady, soyez plus raisonnable, ne me contraignez pas à agir avec rigueur.