Pour régler les dépenses, maintenir le bon ordre, veiller à ce que les odaliques n’employassent pas leur loisir d’une manière inconvenable, et surtout ne se fréquentassent pas entre elles, il y avoit un Kutzlir-agasi femelle, nommée, je crois, madame Dumant, mais qu’on n’appeloit jamais que La Madame. C’étoit une femme de bas lieu, douée d’un esprit d’ordre si rare, que Pharaon en faisoit le plus grand cas, et disoit souvent:—Si jamais en sautant un fossé elle se fait homme, j’en ferai mon Chaznadar-baschi.
Après elle venoient immédiatement deux sous-madames, pour tenir compagnie aux odaliques adultes, pour dîner parfois avec les nouvelles et leur enseigner les belles manières et assister aux leçons de danse, de musique, de littérature, de peinture qu’on leur donnoit.
Une douzaine de duègnes, créatures d’un rang inférieur, à toute fin et à tout service, espionnoient les élèves rigoureusement.
Les viles travaux et les travaux de peine étoient faits par des servantes et des baltagis, choisis aussi par prudence vieux et hideux.
Toute cette valetaille immonde étoit largement salariée; mais à la moindre indiscrétion on l’envoyoit pourrir dans un cul-de-basse-fosse.
Il y avoit des odaliques de tout âge, depuis neuf ou dix ans jusques à vingt. Lorsqu’elles avoient atteint leur quinzième année on ne leur faisoit plus mystère de la ville qu’elles habitoient; mais on les détournoit le plus possible de croire qu’elles fussent destinées à la couche de Pharaon. Quand on les soupçonnoit de connoître leur destination, qu’elles avoient apprise, soit par hasard, soit par des confidences, on les renvoyoit en les faisant entrer dans un cloître ou dans un chapitre, ou, lorsqu’elles étoient enceintes, en les mariant.
La dépense de ce sérail étoit d’environ cent cinquante mille livres par mois, seulement pour la nourriture et l’entretien du harem et les émoluments des employés et des domestiques. On soldoit à part les Bachas-recruteurs, les indemnités accordées aux familles ou le prix de la vente des enfants, la dot qu’on leur donnoit, les présents qu’on leur faisoit et la prime des bâtards. Tout cela faisoit un gaspillage de plus de deux millions par an. Chaque année le Parc-aux-Cerfs coûtoit à la France aux environs de cinq millions.
Il a duré trente-quatre ans.
La surintendante qui succéda à madame Dumant, peu de temps après la mort de madame Putiphar, appartenoit à une des meilleures familles de Bourgogne, et étoit une ci-devant chanoinesse d’un chapitre noble.