Dès que les courtisans avoient connu la formation de ce harem, ils avoient brigué à l’envi le titre de capiaga; mais Pharaon avoit pris en pitié leur prétention et leur bassesse, et, à leur grand crève-cœur, en avoit laissé la direction au fondateur Lebel, son hazoda-baschi, sous la suzeraineté du Bacha Phélipeaux de Saint-Florentin.
XXXVII.
Peu d’instants avant l’arrivée de Déborah au Parc, madame Putiphar avoit adressé cette lettre à La Madame:
«Vous recevrez sans doute ce soir, ma chère surintendante, une jeune comtesse irlandoise, nommée Déborah, que je vous envoie pour élève. Je n’ai vu que son portrait; elle m’a paru bien, très-bien. Quelqu’un qui la connoît plus particulièrement m’a donné l’assurance qu’elle a mille grâces et mille attraits, et qu’elle doit plaire à coup sûr à Pharaon. Donnez-lui touts vos soins; formez-la de suite; mon désir est qu’elle lui soit offerte avant peu. Son éducation vous coûtera sans doute beaucoup d’assiduité; j’aurai égard à vos peines, car, m’a-t-on dit, elle n’a pas le caractère aisé, et de plus, c’est une fille bouffie de vertu et à cheval sur le devoir. Il faut que vous la retourniez complétement. Ne négligez rien pour la séduire; ni flatteries, ni mensonges, ni promesses. Tâchez surtout de détruire en elle tout sentiment de pudeur. Peut-être est-elle froide par l’ignorance où elle est de touts les plaisirs qu’on puise dans la débauche; découvrez-les lui touts. Attisez continuellement en elle l’appétit de la chair en ne l’environnant que de tableaux excitants, et en ne lui mettant entre les mains que des livres corrupteurs, et des aliments prolifiques. Par ces moyens, je l’espère, vous la vaincrez et vous opérerez une heureuse révolution en son tempérament. Le jour convenu pour la première visite de Pharaon, faites en sorte de mêler à sa boisson quelques substances aphrodisiaques.
»Je vous demande pardon de vous envoyer tant de besogne. Veuillez, pour me plaire, user en cette occasion de toute la patience, de toute l’adresse, de tout l’esprit que je suis heureuse de vous reconnoître, et que vous déployâtes tant de fois.
»Agréez, à l’avance, touts mes grands remercîments.»