Venez, Déborah, venez, mylady; venez sur ce sopha, et causons d’amour.

Laissez vos mains dans les miennes, et laissez-moi m’asseoir plus près encore de vous.

Vous êtes bien tout ce que j’avois pressenti, une personne divine! Je suis fou de vous! Si toutes les Irlandoises avoient votre beauté et votre grâce, et que je fusse Roi de France, je troquerois vite ma terre ferme contre votre île.

—Que Dieu préserve ma patrie d’un fléau tel que vous! Subir le joug de l’étranger victorieux, obéir à la loi du plus fort, c’est un malheur! Mais avoir pour maître un mauvais homme sorti du sein de la nation, ou choisi par elle, c’est un opprobre!

—En vérité, mylady, vous me faites trop d’honneur de me croire un fléau; quand vous me connoîtrez plus, assurément vous m’estimerez moins.

Oh! ne bougez pas de comme cela! la tête ainsi penchée, vous êtes ravissante. Que vos épaules sont blanches et belles! Oh! j’ai besoin de toute ma civilisation pour ne les dévorer que de baisers. Avec ces épaules-là, ma mignonne, je ne vous conseille pas d’échouer à l’île de Tovy-Poenammou.

Ce sont de vrais pièges à hommes que ces robes ainsi décolletées. Certes, les robes décolletées sont bien, mais des collets dérobés seroient encore mieux; ce seroit à coup sûr plus commode. Je n’aime pas les obstacles; mais chez nous on a la manie des enveloppes; et une femme seroit mal réputée si elle n’étoit pas enveloppée de linges comme une plaie.

Dernièrement deux belles dames descendirent de carrosse et entrèrent dans le jardin des Tuileries; elles s’étoient avisées d’un moyen délicieux de satisfaire à l’usage et à la raison: entièrement nues, elles n’étoient seulement vêtues que d’une robe de la gaze la plus claire, qui laissoit apparoître leurs formes parfaites et leur bel incarnat. On les voyoit comme on voit les melons au travers de leurs cloches de crystal; cela étoit délicieux!...