De ma vie je n’ai éprouvé ce que je ressens auprès de vous; je le vois bien, l’amour véritable m’étoit resté jusques à ce jour tout-à-fait étranger. Oh! mylady, si vous saviez quelle passion votre candeur a fait éclore en mon sein, et de quel feu je brûle auprès de vous! Ma raison se trouble,... j’étouffe.... Restez, restez enlacée dans mes bras!... Cette résistance est puérile et vaine. O ma belle, mourons de plaisir!

—Arrêtez! de grâce, monsieur! N’avez-vous pas de honte! Vous jouez ici un rôle indigne de celui que Dieu vous a confié.

—Dieu m’a fait homme.

—Et vous vous faites chien!

—Vous êtes impolie, mignonne, et traitez mal ce pauvre comte de Gonesse.

—Grâce! grâce! monsieur! Je sais qui vous êtes; vous n’êtes point le comte de Gonesse;—Sire, vous êtes Pharaon!

—La belle, vous rêvez.

—Sire, ah, laissez-moi! c’est infâme! vous me brisez! Vous n’obtiendrez rien!...

C’est donc là l’hospitalité qu’une fille étrangère trouve en votre Royaume! on lui tue son époux, et puis on la traîne en un lieu sans nom, et on l’engraisse pour les plaisirs du Roi, et le Roi la viole.—Mais c’est une abomination!—Majesté, n’en crevez-vous pas de honte?—Oh! vos ayeux n’étoient pas ainsi, ils ne répandoient pas la corruption sur leur Empire; ils gouvernoient leur peuple, et vous, Sire, vous le polluez! Ne craignez-vous pas de voir surgir ici, échappés à leur sépulcre et pleurant, les ombres de saint Louis, de Robert ou de Charlemagne!...