Là, ils prirent terre. Le pont-levis se baissa, on introduisit les deux exempts auprès du gouverneur, et aussitôt un guichetier emmena Déborah dans un cachot qui attendoit sa proie, comme une gueule vide.

C’étoit un cabanon de pierre nue. Dans un coin il y avoit un châlit, sur ce châlit il y avoit un sac de paille et une couverture de laine, couleur d’ocre, trouée comme un crible. Dans un autre coin gisoient consternées une table à jambes torses, et deux chaises de bois semblables à une boîte à sel. Percés et ruinés, ces meubles tomboient du haut-mal, et pour peu qu’on les ébranlât ils répandoient autour d’eux une poussière jaunâtre, comme des étamines de maïs. Une petite fenêtre placée très-haut, fermée par un châssis et des barreaux de fer éclairoit foiblement cet affreux intérieur: Déborah traîna la table tout auprès, et monta dessus pour regarder d’où venoit ce jour.

La vue plongeoit au loin, elle étoit grandiose, mais morne; on ne voyoit que deux ciels ou deux mers, car le ciel est l’image de la mer, car la mer est l’image du ciel.

III.

Lorsque le gouverneur vint le lendemain visiter Déborah, elle étoit accoudée sur sa table et pleuroit abondamment. Il la salua d’une façon gracieuse, et lui dit: Ne vous laissez point abattre par le chagrin, vous n’aurez point à souffrir en ce lieu.

—Si je pleure, répondit-elle, c’est sur mes maux passés, et non sur le présent ou l’avenir; trop de douleurs m’ont rendue insensible, je suis faite au malheur comme on est fait à un climat, il n’a plus de pouvoir sur mon âme.