—Depuis quand?...
—Depuis un an environ.
—Effrontée!... Où pouviez-vous voir ce garçon?
—M. Patrick est venu quelquefois au château, en votre absence; mais habituellement nous nous rencontrons la nuit dans le parc. Je prends ici Dieu à témoin que pourtant nous n’avons jamais forfait à nos devoirs, et que nos entretiens n’ont jamais été qu’édifiants! M. Patrick est un noble homme, croyez bien!
—S’il m’étoit venu à la pensée que vous eussiez pu faillir, je serois plus coupable que vous ne le seriez vous-même, ma fille, si vous eussiez succombé: j’ai de l’estime pour vous, ma fille; ôter son estime a quelqu’un, c’est applaudir à ses vices, ou c’est le mettre dans le cas de se jeter au mal par dépit.
Votre père n’a encore que de vagues soupçons, et il est déjà possédé d’une colère outrée; prenez garde de les confirmer, je ne sais à quelle rigeur il pourroit être conduit. A la prolongation de vos liaisons avec Patrick, il attribue, fort justement sans doute, vos refus des divers gentilshommes qui vous ont été offerts. Prochainement il vous présentera un nouvel époux: si vous répondiez encore par un refus, son projet est de vous faire emprisonner dans une maison de correction d’Angleterre, jusqu’à ce que vous soyez revenue à des sentiments plus sociaux.
—Emprisonnée!... Est-ce à dire que je sois une folle, une prostituée!... Quant à un époux, seroit-ce Charles-Edward, je le repousserai! J’ai fait ce vœu que je tiendrai, ou d’être à mon Patrick ou d’être à Dieu.
—Déborah, vous êtes une mauvaise femme! Si vous respectez l’amour, vous ne respectez guère la piété filiale. Vous avez peu d’égards pour moi, pour moi votre tendre mère.
—Quoique je sois aigrie, ô ma mère! croyez à ma piété profonde. Mais il est inconcevable qu’on puisse se figurer que l’amour filial ne vive pas d’échanges et de soins; que dans l’amour filial les charges soient toutes pour l’enfant qui ne peut l’entretenir en bon point que par l’abnégation de soi-même, que par l’abnégation de sa raison, et, souvent, par la destruction de sa jeunesse et la ruine de sa vie. Croyez-vous qu’un amour puisse tenir, puisse exister à de pareilles conditions?