Hola! sentinelle, veillez-vous?

—Qui vive?

—Ordre du Roi. Faites baisser le pont.

Il se fit un long silence. Onze heures de la nuit sonnèrent au château. L’obscurité était profonde.

—Qui vive? s’écria de nouveau une voix dans l’éloignement.

—Ordre du Roi! Jean Buot!

—Ah! c’est vous, monsieur Buot! votre serviteur très-humble. Vous nous amenez sans doute du gibier? toutes nos cages à poulets sont pleines, à quel croc voulez-vous que nous le logions?

Les chaînes du grand pont-levis grincèrent, il s’abaissa lourdement et un carrosse s’avança: deux hommes en descendirent, l’un avoit une épée au côté, l’autre des fers et des boulons aux pieds et aux mains; et ces deux hommes en suivirent deux autres, le sergent de garde et le concierge du donjon.

Arrivés à une enceinte de muraille d’une hauteur excessive, percée d’une seule entrée, défendue par deux sentinelles, trois portes énormes, scellées de distance en distance dans l’épaisseur d’un mur ayant plus de seize pieds, s’ouvrirent et se refermèrent sur eux.

Une lampe de fer, vraiment sépulcrale, éclairoit de sa lueur mourante leurs pas, qui retentissoient sous les voûtes et se mêloient aux cris des verrouils et des grilles, pivotant sur leurs monstrueuses crapaudines. Partout où l’œil perçoit il ne rencontroit, à travers les ténèbres, qu’un effroyable spectacle de serrures, de verrouils, d’écrous, de cadenas et de barres de fer.