Quand il eut bien pleuré, il se remit à genoux, et, prenant un à un touts ces voiles, ces velours, ces satins, ces rubans, touts ces objets qu’il venoit de fouler sous le poids de son corps énervé, il les agitoit, il les montroit à Fitz-Harris, il les couvroit de baisers, il les pressoit, il les répandoit autour de lui.—Tiens, mon Harris, voici, disoit-il avec douleur, l’écharpe qui battoit sur ses épaules comme les ailes d’un Ange, à notre dernier rendez-vous nocturne au torrent. Tiens, voici tout son deuil pour sa mère, sa malheureuse mère!... Tiens, regarde cette robe; elle est encore empreinte de ses formes. Oh! baise-la par amour pour moi!... Voici les gants de soie de ses petits pieds. Voici le peigne qui mordoit sa chevelure. Ces manches ont emprisonné ses bras si beaux, si blancs, qui se mouvoient avec tant de grâce. Ce corsage a environné sa taille ronde comme l’écorce environne l’aubier; il a palpité des battements et des gonflements de son cœur. A touts ces chiffons mornes et informes que de vie et que d’élégance elle prêtoit! Tout cela appartenoit à sa pudeur; tout cela en étoit le feuillage. La pudeur est un arbre que seulement l’hiver de l’âme et la mort dépouillent de sa feuillée.
Je ne veux pas laisser ces dépouilles dans ce coffre; ce seroit les mettre dans la tombe et planter un jardin au-dessus; ce seroit fermer le livre de mon amour. Je veux que ce livre demeure ouvert pour y lire à toute heure.
Il prit alors touts ses vêtements, toutes ses parures, et les suspendit çà et là aux murailles et aux barreaux de sa lucarne.
IX.
M . le lieutenant pour le Roi étoit curieux et questionneur, et avoit une habileté singulière à provoquer des conversations, à faire naître des récits, à soutirer des souvenirs. Comme il venoit assez souvent visiter nos deux captifs pour leur faire parler de l’Irlande, il ne tarda pas à concevoir pour eux une véritable estime, et à s’éprendre d’un sincère intérêt, inspiré par leur jeunesse et leur bon caractère.