LIVRE SIXIÈME.
XIII.
Il y avoit près d’une année que Déborah avoit écrit à sir John Chatsworth, son tuteur, et sa lettre demeuroit sans réponse.
D’abord elle avoit attendu avec la patience d’un prisonnier; mais, à la longue, la crainte et le découragement, goutte à goutte, avoient filtré dans son cœur. Elle ne trouvoit à ce silence qu’une explication triste et désespérante: ou la lettre n’étoit point parvenue, ou sir John Chatsworth l’avoit abandonnée, ou sir John Chatsworth étoit descendu dans la tombe. M. de Cogolin s’efforçoit de la soutenir dans son affliction. Généreux Samaritain, il versoit du baume sur les blessures de son âme et de l’huile dans la lampe mourante de son espoir. Mais c’étoit surtout dans les soins et dans les sentiments maternels qu’elle puisoit de la force et des distractions à ses maux.
Vers cette époque, inopinément, un homme, se disant lord Cunnyngham, se présenta à la forteresse, et se fit conduire au gouverneur.
Et après que M. le gouverneur et cet étranger eurent eu ensemble un assez long entretien, Déborah fut priée de venir.
Je ne sais si un pressentiment l’éclairoit, elle accourut avec joie en toute hâte, et se précipita sans hésitation dans les bras de cet inconnu en pleurant, et l’appelant mon oncle, mon bon oncle!...—Ah! sir John m’a fait beaucoup souffrir en me laissant si long-temps sans réponse!... Mais vous voici, tout est oublié.—Mon oncle, mon bon oncle, je vous remercie d’avoir daigné vous ressouvenir de moi, d’avoir daigné trouver un peu de pitié pour une femme dans l’infortune!