Frère Prudence donna alors tout bas quelques ordres.
—Qu’appelez-vous catacombes, mon père? reprit en frissonnant Déborah, dont le sang s’étoit glacé à ce mot terrible.
—On appelle ainsi, madame, dans notre maison, la galerie inférieure où sont les loges de fer destinées à renfermer les pensionnaires furieux.—Tenez, écoutez!... ces hurlements et ces bruits de chaînes que vous entendez en ce moment partent justement de cet affreux repaire. C’est un lieu fort triste à voir; et c’est pour cela, madame, que j’en épargnerai à à votre sensibilité le hideux spectacle.
Comme frère Prudence achevoit ces paroles, le second moine rentra dans la salle accompagné d’un homme couvert d’une casaque de bure, gros et trapu, ayant le visage aduste et enluminé, et l’œil à demi fermé et hébété comme un Silène. Le grand jour paroissoit le consterner.—Il répandoit autour de lui la puanteur d’une bête fauve.
A cette vue, Déborah détourna la tête.—Otez, de grâce, mon père, de devant moi cet horrible objet! s’écria-t-elle; non, non, mon père, ce n’est pas là Patrick!—Patrick, mon père, c’est un homme grand, beau, noble et fier!
Deux autres personnages plus abjects encore, et faisant un bruit terrible, passèrent encore devant elle. A peine osa-t-elle lever sur eux son regard.
Enfin, comme elle trembloit d’impatience et d’horreur, elle vit tout-à-coup s’avancer gravement un homme presque entièrement nu, d’une maigreur excessive. Entre ses cheveux touffus et sa barbe, deux grands yeux fixes étinceloient. Un crucifix d’ébène et d’argent étoit suspendu sur sa poitrine.
Malgré la misère et l’état affreux de cet homme, un reste de dignité et de distinction se montroit dans toute sa personne et frappoit dès son abord.
Sous le coup d’une impression indicible, Déborah se leva brusquement, et, sans le quitter un instant du regard vint se placer devant le spectre, où long-temps dans une attitude indécise, mêlée d’incertitude et d’épouvante, elle l’examina comme si elle eût douté si c’étoit une créature ou un phantôme.
Il y avoit déjà quelque temps que duroit cette scène effroyable et muette,—quand, soudain, appercevant au doigt décharné du spectre, et retenu par un fil qui venoit s’attacher au poignet, la bague qu’autrefois elle avoit donnée à Patrick, en présence du ciel et de la nature, dans la bruyère de Cockermouth-Castle, Déborah s’écria d’une voix déchirante:—Eh quoi! c’est toi! mon ami! toi, dans cet état!... toi, mon Patrick!...