Et comme elle se jetoit dans ses bras pour le couvrir de baisers et de larmes, gardant toujours la même impassibilité et le même silence, l’homme la repoussa,—si violemment même, qu’après avoir chancelé quelque temps elle alla tomber sur les genoux à quelque distance.
Nonobstant l’oppression qui l’étouffoit, et sa douleur, la pauvre femme trouva encore en soi assez de force pour s’écrier de nouveau, d’une façon plus déchirante encore: Mais tu ne me reconnois donc pas, Patrick? Je suis Déborah! ton amie! O mon pauvre ami! ô mon bien-aimé! tu ne reconnois donc plus cette voix qui t’appelle et t’implore!... Patrick! Patrick! Patrick!!! ah! tu es bien cruel!
Se traînant à ses pieds, Déborah fit encore quelques efforts extrêmes pour se faire reconnoître, mais vainement! Patrick, toujours immobile, sans prendre garde à ce qui se passoit, levoit les yeux vers la voûte et répétoit implacablement d’une voix sépulchrale:—«O thiarna, dean trocaire ormsa morpheacach.»
—Vous le voyez, madame, fit alors un des moines, cet infortuné ne sauroit ni vous reconnoître ni vous répondre.... Cet homme est fou!
—Fou!!! répéta lentement Déborah, en poussant un cri terrible. Cela jusques alors n’avoit pu lui venir à la pensée; ce mot l’avoit frappée comme un coup de foudre.—Rentrant subitement en soi-même avec la vitesse d’une épée qui rentre dans le fourreau, Déborah s’affaissa pesamment contre terre, poussa d’affreux sanglots, puis un râlement horrible.
La douleur l’avoit tuée....—Elle étoit morte!
Mais qu’elle fut bien vengée!!!