Enfin voici ma tâche achevée, me voici au bout de ce livre qui m’a causé plus de peines encore qu’il ne m’en a coûté, et qui sans doute va m’en causer encore bien davantage. Les infortunes si réelles et si grandes que ma plume ou plutôt que mon cœur s’est plu à consigner longuement dans ces pages, ne sont rien au prix des aventures et des malheurs presque romanesques qui ont traversé cette œuvre tout le long de sa carrière; ce seroit une chose curieuse à faire que la biographie de ce livre.—Pour ne nous occuper que du matériel, quelques erreurs typographiques qui ne m’appartiennent pas et quelques inadvertances qui m’appartiennent, m’ont échappé à la correction des épreuves, ce dont j’éprouve un grand chagrin. J’espère qu’on voudra bien ne point m’imputer ces errata à crime ou à ignorance. J’avoue que ceux qui essaieroient de s’en faire une arme contre moi se rendroient parfaitement ridicules aux yeux de mes amis, aux yeux de touts ceux qui me connoissent ou connoissent mes études, et mes prétentions à cet égard. Quant à moi, qui ai dans ma main leur mesure, ils ne me feroient que pitié.
Je vous remercie, mon cher lecteur, de l’intérêt que, durant un demi-siècle environ, vous avez bien voulu prendre à cette sombre histoire, de l’attention que vous avez bien voulu me prêter jusqu’ici. C’est bien aimable à vous. Cette bonté, je ne l’oublierai jamais.
Je vous remercie aussi avec empressement, ma chère belle et douce lectrice. Maintenant vous me connoissez à fond; je vous ai fait descendre jusque dans les replis les plus secrets de mon cœur; je ne sais si je vous plais, mais je sais, moi, que je vous aime beaucoup. Vos charmes et votre indulgence m’ont si bien habitué à votre personne que, je ne puis le cacher, c’est avec une grande tristesse que je me sépare de vous.
Adieu, madame,—je me mets à vos pieds.—Je vous rends grâce de votre bienveillance; j’espère que vous voudrez bien me la continuer; je vous la retiens même d’avance pour mon prochain livre, qui se nommera Tabarin.
A Tabarin, donc!
Oh! si jamais, après m’avoir entendu, le public, cet autre prince Hamlet, pouvoit me dire:—Soyez-le bien-venu, monsieur, à Elseneur!
FIN DU SECOND ET DERNIER VOLUME.