Baignée dans son sang, elle avoit encore la face tournée contre terre. Il la releva et la fit asseoir sur l’herbe, en la soutenant dans ses bras, et cherchant par ses baisers à ranimer ses paupières closes.
—Debby! ô ma Debby! jette un dernier regard sur Patrick. C’est moi! c’est ton bien-aimé! M’entends-tu? Parle, où sont tes blessures?
—Patrick? Hélas! c’est toi! Va-t’en, ils te tueroient aussi les cruels!...
—Qui?
—Va-t’en! ne les vois-tu pas? ils vont te tuer! Fuis!... Ils ont juré ta perte.
—N’aie pas peur. Dis où sont tes blessures, que je les étanche!... Dis, connois-tu tes meurtriers?
—Tes soins seront vains, Patrick, je n’ai plus qu’à mourir.... Ne me demande pas le nom de mes assassins! Il est de ces choses qu’on ne peut dévoiler: c’est un secret entre le ciel et moi.—Mon ami, avant que j’expire, pardonne-moi et bénis-moi! Pardonne-moi! Tout à l’heure, quand je suis tombée atteinte d’un coup de feu, mon esprit a conçu une horrible pensée dont le souvenir me glace de honte: oui! il faut que je te le dise!... Je t’ai accusé de mon meurtre: oh! que je suis ingrate et coupable envers toi! et si mes égorgeurs m’eussent frappée en silence, j’aurois cru mourir par tes mains. Patrick, ne me maudis pas!
—Abomination! moi t’égorger, Déborah! vous n’avez pas foi en moi, Debby; cette pensée est l’œuvre du doute qui règne en votre âme.
—Non, Patrick, elle fut l’œuvre de mes esprits éperdus et de mes douleurs.
—Ce n’est pas l’instant, ce n’est pas l’heure des reproches, Déborah, je t’aime et te pardonne. A toi mon âme! à toi mon sang! à toi ma vie!... Dis, que faut-il que je fasse?... nomme-moi donc tes assassins! Pour la première fois mon cœur comprend le meurtre! pour la première fois la vengeance le déborde!... J’ai besoin d’anéantir!... je tuerai!...