—Vous oubliez Dieu, Patrick.

Ces simples mots éteignirent subitement sa passion, et chassèrent son délire.

—Votre voix est un baume qui calme, Debby, et vos paroles sont de la rosée.

Il me semble, Debby, que vos forces reviennent? Sans doute vos blessures sont moins graves que vous ne le pensiez? vous ne pouvez rester plus long-temps sans secours: dites, où faut-il que je vous conduise.

—En effet, je me sens mieux; la balle ne m’a frappée qu’à la jambe; l’obscurité m’a sauvée presque entièrement des coups d’épée. Aidez-moi seulement à me relever, je suis encore assez forte pour me traîner jusqu’au château. Mais, toi, mon Patrick, au nom du Ciel, je t’en supplie, va-t’en! tu n’es pas en sûreté ici: on en veut à tes jours, te dis-je! c’est toi qu’on a cru frapper en me frappant. Fuis!...

—Fuir! Et quoi donc?... La mort? Non, qu’elle vienne! je la recevrai avec joie. Sans toi que me peut être la vie?

—Patrick au nom de Dieu cède à mes prières. Sur une terre étrangère, on a besoin d’or: prends cet écrin plein de joyaux que j’emportais; et pars en France, comme nous devions le faire touts deux. En cet état, je ne puis te suivre; mais crois à mon serment: sitôt que j’aurai recouvré quelque vigueur, je t’y rejoindrai.

—Fuir sans toi! plutôt la mort!

—Écoute mes prières: tu ne peux demeurer en ce pays plus long-temps, tu te perdrois et tu me perdrois. Si ce n’est ce soir, demain tu serois immolé! Que t’importe de me devancer en France de quelques jours. Pars; va tout préparer pour ma réception, pour la réception de ton épouse.

—Ne peut-il pas être des obstacles qui t’empêcheront de me rejoindre en mon exil?