Déborah, de peur de se faire remarquer, n’osoit ni se plaindre ni changer de place, et supportoit avec une résignation évangélique toutes les impudences et touts les manèges du marquis; elle affectoit de n’y faire aucune attention, et y demeuroit aussi insensible et aussi froide qu’une statue aux agaceries d’un enfant.
A la sortie de la messe, M. de Villepastour la poursuivit, et l’accosta sur le porche:
—Mille pardons, mademoiselle, mais ne seroit-ce pas à votre jolie main ce joli gant que je viens de trouver à votre place?
—Pardon, monsieur; vous me l’avez dérobé pendant le lever-Dieu.
—Trouvé ou dérobé, qu’importe!... veuillez croire seulement que la restitution de ce talisman seroit pour moi un douloureux sacrifice, si ce sacrifice ne m’avoit pas fait ouïr le son mélodieux de votre voix.
—De grâce, monsieur, passez votre chemin; laissez-moi.
—Vous laisser! hélas! l’acier peut-il s’éloigner de l’aimant qui l’entraîne?
—Ayez pitié de moi, monsieur; ne me couvrez pas de honte. N’étoit-ce donc pas assez de vos impiétés dans la maison de Dieu!
—Mes impiétés?... je vous adorois, je me croyois au temple d’Amathonte!... A deux genoux, faut-il que je vous en supplie, ne me repoussez pas. Dès la première fois que je vous vis, miss, votre beauté me frappa, me ravit, m’embrasa du plus ardent amour; j’ai fait de longs efforts pour l’étouffer; je n’étois pas assez présomptueux pour oser aspirer à vous, trésor de perfections; lutte inutile! je n’ai fait qu’enfoncer plus avant la flèche que je voulois arracher. Je le sens bien maintenant, l’amour ne peut se guérir que par l’amour. Ne soyez pas inhumaine, ne soyez pas sourde à tant de passion! un sourire, qui ne soit pas de mépris, un regard, qui ne soit pas de dédain, un mot, qui ne soit pas de colère, et vous verserez un peu de calme et de joie dans l’âme d’un désespéré, et du plus infortuné des amants vous ferez le plus heureux.