—Monsieur, de grâce, je vous le répète, retirez-vous! Me voici dans la rue que j’habite: voulez-vous me perdre aux yeux du monde, aux yeux de mon époux? Il n’est qu’un homme dangereux et pervers qui puisse ainsi se faire un jeu de l’honneur d’une femme!...
—Votre honneur m’est aussi cher que le mien, mademoiselle: Dieu me garde de jamais l’entacher, j’en aurois un remords éternel! Je me retire, espérant que cette déférence sera appréciée à son prix, et rendra votre cœur plus miséricordieux pour moi, qui dépose à vos pieds mystère, amour, obéissance.
Toutefois, le marquis de Villepastour ne s’éloigna point entièrement; il la suivit à quelque distance pour s’assurer de la vérité des rapports de Fitz-Harris. Après l’avoir vue entrer à l’hôtel Saint-Papoul, il continua sa route d’un air de parfait contentement, d’un air presque badin.
XVI.
A cette même époque, Fitz-Harris reçut de Killarney une lettre de son frère, dans laquelle il lui étoit conté que leur ancien camarade Patrick Fitz-White, disparu du pays, venoit d’être, aux assises, condamné à mort par contumace, et d’être pendu en effigie sur le port de Tralée, pour séduction, assassinat et vol de la fille de lord Cockermouth. Cette affreuse nouvelle, bien loin de causer de l’affliction à Fitz-Harris, je répugne à le dire, n’éveilla en son cœur plein d’envie qu’une secrète joie. Il s’empressa d’acquiescer au jugement calomnieux des juges de Tralée: il éprouvoit trop de plaisir à trouver Patrick coupable pour ne pas ajouter foi à cette incroyable condamnation.
Aussitôt il communiqua cette lettre à ses camarades intimes, disant à chacun qu’il l’honoroit seul de cette confidence, et qu’il eût ainsi à en garder le secret. Mais, comme lui, touts avoient des confidents, et ces confidents en avoient touts d’autres; si bien qu’en peu de jours ce secret devint, au régiment, le sujet général de la conversation, et parvint aux oreilles de Patrick, qui en fut navré de douleur.