A la pension des sous-officiers, au dîner, devant touts ses compagnons, il ne put se défendre d’adresser de vifs reproches à Fitz-Harris.

—Que vous ai-je donc fait, lui dit-il, pour avoir mérité tant de haine ou si peu d’égard? Moi, votre compatriote, moi, votre ami, vous m’avez traité bien méchamment! Ce n’est pas à ces messieurs que vous eussiez dû faire connoître premièrement la lettre que vous avez reçue d’Irlande, c’étoit à moi. Vous eussiez dû mettre au moins plus de circonspection, et ne point vous en rapporter si témérairement au dit-on d’une correspondance. Le fait est-il controuvé, le fait est-il faux? vous l’ignorez. Je dois à la vérité de vous dire, messieurs, qu’il ne l’est pas. Mais il est une chose que vous n’ignoriez point, vous, mon ami, vous, introduit dans mon intimité.... Ici, messieurs, pour me laver de l’infâme condamnation qui pèse sur moi, il faudroit que je vous fisse des révélations que l’honneur me défend et me défendra toujours de faire. Il doit être suffisant de vous dire pour vous faire sentir toute l’énormité de ce jugement, que la femme qu’on m’accuse d’avoir assassinée et volée, miss Déborah, comtesse de Cockermouth-Castle, est ma bien-aimée et mon épouse.—La plupart de vous, messieurs, l’ont vue à mon bras.

Je sais que pour le meurtrier il n’est pas de pitié; je sais que rien n’excite plus notre dépit et notre indignation, que les déceptions d’estime; quand nous sommes désabusés sur le compte d’un homme que nous honorions et que nous cultivions comme vertueux, je sais combien est grande notre colère; je sais que notre devoir est de le démasquer et d’appeler sur lui la réprobation: mais, Fitz-Harris, vous n’avez pu douter un seul instant de moi; vous n’avez pu et vous ne pouvez me croire criminel, non, cela est impossible! Vous à qui mon cœur étoit ouvert comme un livre, quelque effort que vous fassiez pour vous aveugler, pour étouffer la voix qui dans le fond de votre conscience, vous crie que je suis pur et juste!—Je croyois à votre amitié, Fitz-Harris!

—Messieurs, que pensez-vous de cette complainte? s’écria alors Fitz-Harris d’un air moqueur.

—Messieurs, que pensez-vous de cette perfidie?... Harris, je vous accuse de trahison!

—N’avez-vous pas une épée, Patrick?

—Messieurs, ceci est un cri de sa conscience: on provoque en duel qui on estime pour son égal, et non point un homme d’opprobre digne de l’échafaud qui le réclame, un assassin!

Je ne me venge pas avec le fer, Fitz-Harris!

—Vous vous battrez!