XVIII.

Quand le lendemain Patrick vint visiter Déborah, il la trouva agitée et désolée encore des affronts et des terreurs de la veille.

—Qu’avez-vous, que vous est-il donc arrivé, mon amie? lui dit-il en la baisant au front; vous avez l’air chagrin.

—Hier, mon bon Pat, j’ai bien souffert de votre absence.

—J’aime votre tendresse, et pourtant je la blâmerai: vous n’eussiez pas dû vous alarmer à ce point, la chose n’avoit rien de grave: pour un mot, pour une peccadille, M. de Gave de Villepastour m’avoit consigné au quartier, et mis aux arrêts pour vingt-quatre heures, comme je vous l’ai écrit: c’est là tout, en vérité!

Déborah se garda bien de rendre franchise pour franchise, et de dévoiler l’attentat dont elle avoit été l’objet. La sensibilité de Patrick en auroit été trop affectée; son esprit ombrageux en auroit conçu trop de crainte et de colère, et se seroit consumé dans de mortelles angoisses. A quoi bon d’ailleurs troubler la paix de son âme? Une amante peut être excusable de semer de la jalousie dans un cœur, pour réveiller un amour qui s’y éteint, mais en semer à plaisir dans un cœur exalté et pénétré d’une passion profonde, c’eût été d’une barbarie dont les femmes légères ne se rendent que trop coupables, mais impossible à Déborah. Au surplus, non par calcul, mais par devoir, se fût-elle crue dans l’obligation d’en faire l’aveu, qu’elle ne l’eût pas fait en ce moment, de peur de l’accabler; car lui-même paroissoit soucieux.