—Madame, je vous demande pardon à deux genoux, dit alors Patrick avec une sensible émotion et avançant de quelques pas timides, si je viens vous troubler jusqu’en la paix du sommeil, et effaroucher de mes tristes prières vos rêveries du matin.

—J’accepte votre visite, mon cher monsieur, comme un heureux présage de la journée qui se lève.

—Je vois avec attendrissement, madame, que j’étois loin d’avoir trop présumé de votre bonté en osant espérer d’arriver jusqu’à vous. Veuillez croire que ni l’orgueil ni une vaine présomption ne m’ont guidé en cette démarche.

—De grâce, monsieur, approchez, prenez un siége et asseyez-vous près de moi.

Sur le velours rouge d’un vaste fauteuil où il s’étoit assis, la belle figure blanche et blonde de Patrick se dessinoit merveilleusement et se coloroit de reflets de laque qui sembloient donner à son incarnat la transparence d’une main présentée à la lueur d’une bougie. Près de lui, sur un petit meuble de Charles Boule, étoient semés, pêle-mêle, des crayons, des pastels, des dessins, quelques planches de cuivre, quelques burins, et Tancrède de M. le gentilhomme ordinaire, ouvert à sa courtisanesque dédicace.

En ce moment, madame Putiphar travailloit à graver une petite peinture de François Boucher. Déjà elle avoit gravé et publié une suite de soixante estampes d’après des pierres-fines intaillées de Guay, tirées de son cabinet. Aujourd’hui ce recueil in-folio est fort rare, n’ayant été imprimé qu’à un petit nombre d’exemplaires d’amis.

Ainsi, elle s’étoit toujours fort occupée aux beaux-arts, surtout à la peinture. Et c’est ce qui lui avoit attiré, certain jour que M. Arouet de Voltaire l’avoit surprise dessinant une tête, ce madrigal si trumeau:

Putiphar, ton crayon divin
Devait dessiner ton visage,
Jamais une plus belle main
N’aurait fait un plus bel ouvrage.

Patrick paroissoit fort embarrassé; pour le rassurer et pour lui épargner les ennuis d’une première phrase d’ouverture, elle lui dit avec affabilité:—Vous êtes étranger, sans doute?