En ce moment, la Putiphar, ayant peu à peu rejeté son édredon, se trouvoit sur son lit presque entièrement à découvert. Sa fine chemise de batiste et de dentelle, en désordre, laissoit se dessiner voluptueusement l’ampleur de ses hanches, et sa belle taille dont elle étoit si fière. Bien qu’elle eût à cette époque quarante et un ans, son col avoit encore un galbe majestueux, et ses seins étoient blancs et fermes; ses traits seuls avoient subi plus d’altération, non pas l’altération de la vieillesse, mais la décomposition du remords. Appuyée sur son oreiller, elle avoit la tête penchée vers Patrick: son sourire constant, sa contemplation langoureuse avoient une expression de convoitise qui eût fait douter si son regard étoit humide de regrets ou de désirs.
Patrick crut l’instant favorable pour un dernier effort: il se jeta à genoux, couvrant de baisers le bras que la Putiphar laissoit pendre au bord du lit avec coquetterie.
—Au nom de Dieu, madame, au nom de touts ceux qui vous aiment, pardonnez à Fitz-Harris, ne soyez pas inexorable.
—Hélas Dieu! où me ramenez-vous?... Non! ne me parlez pas de cet homme.
—Quoi! madame, oh! non; c’est impossible! vous êtes si bonne! Quoi! pour un mot, pour un rien, pour une inconséquence, pour une erreur, vous arracheriez à la nature, à l’amour, à l’existence, un enfant, un fou?... Quoi! vous feriez pourrir dans un cachot un bon et beau jeune homme, entrant à peine dans la vie? Non, non, c’est impossible! votre cœur n’a pu concevoir cette vengeance, votre âme n’a pu se faire à cette idée: grâce, grâce pour Fitz-Harris!...
—Non: tout pour vous, rien pour lui.
—Ah! vous êtes cruelle, madame, vous me déchirez, vous me faites un mal horrible. Grâce, grâce, sauvez-le!...—Hé bien, oui, cet homme vous a blessée, cet homme est un lâche, un assassin, que sais-je? Il ne mérite que le bourreau! Mais soyez grande, pardonnez-lui. Le plus bel apanage, le plus beau fleuron de la couronne, c’est le droit de clémence; vous l’avez, ce droit! Pardonnez-lui, soyez royale! car Dieu vous a donné un sceptre; car Dieu vous pèsera dans la balance des rois; car Dieu vous a fait Souveraine!
—Tout à vous et pour vous, Patrick; qu’il soit libre!... Vous avez sa grâce; mais dites-lui bien que ce n’est pas à lui que je la donne, mais à vous.
—Merci, merci, madame! merci à Dieu! Je ne sais, dans mon délire, comment vous exprimer ma reconnoissance.