—Écoute, il n'y a qu'une chose qui m'embarrasse, savoir: s'ils vont se servir d'une chandelle dite magique. S'ils le font, la seule difficulté serait de la faire éteindre à l'endroit propice. Je crois que j'en viendrai à bout avec ma canne à air. Suis-moi, nous allons aller les sonder un peu, après quoi, nous préparerons ce qui est nécessaire. Une bonne chose c'est que nous savons où doit se faire la cérémonie,—allons, viens. Et les deux étudiants suivirent de loin les traces de notre héros, et arrivèrent chez eux, quelques minutes après lui. Tous leurs efforts furent inutiles pour tirer, comme ils le disaient, les vers du nez des deux magiciens. Ils résolurent néanmoins d'essayer à tout risque, et se séparèrent pour faire les apprêts nécessaires.

Vers les neuf heures du soir, comme ils en étaient convenus, les deux étrangers se retirèrent, sous prétexte de garder leur chaloupe pendant la nuit; Charles, surtout, attendait avec impatience. Enfin, l'heure arriva, et ils s'acheminèrent vers le bosquet. Tirer un briquet et allumer la chandelle fut l'affaire d'un moment, et ils commencèrent tous deux une marche lente et majestueuse. Après plusieurs détours, ils arrivèrent près de l'endroit où étaient cachés les deux jeunes gens. Adolphe tira, aussitôt, son coup, l'air passa près du visage d'Amand, mais n'éteignit pas la lumière. Ce dernier tressaillit:—Bonne place, dit-il, à son compagnon: cherchons. Un second coup de la canne eut plus d'effet, ils se trouvèrent dans les ténèbres. Le héros eut immédiatement recours, de nouveau, au briquet, alluma une autre chandelle et se mit aussitôt en besogne. Qui pourrait peindre sa joie lorsque d'un coup de sa bêche il frappa le haut d'un baril; il ne put prononcer que ces mots:—Capistrau, notre fortune est faite: travaillons, mon garçon. Ils le tirèrent avec peine, et regagnèrent, en grande hâte, l'embarcation. Le précieux fardeau n'y fut pas plutôt déposé qu'Amand, armé d'une hache, en fit sauter le couvert. Il resta stupéfait et laissa tomber l'instrument; quant à son compagnon, qui avait lus de sang-froid, il se hâta de faire sauter le contenu et le contenant par-dessus le bord.

Ah! les mauvais plaisants!

CHAPITRE ONZIÈME

La tempête

O'er the glad waters of the dark blue sea
Our thoughts as boundless and out souls as free,
Oh! who can tell, not thou luxurious slave
Whose souls would sicken o'er the heaving wave.

BYRON.

Sur l'océan, sur l'océan.

Le Pirate.

Le vent soufflait avec violence du nord-est, et la mer était houleuse dans le golfe Saint-Laurent; tous les vaisseaux qui avaient pu se réfugier dans quelque havre y étaient à l'abri. Deux goélettes seules louvoyaient, avec toutes leurs voiles hautes: la Sirène et le King Fisher; c'est que, voyez-vous, cette dernière avait de bonnes raisons, à elle connues, pour donner la chasse à l'autre, et la Sirène croyait qu'il était fort de ses intérêts de s'exempter de la visite de la première. Or, la Sirène était à une demi-lieue, à peu près, de la côte du Nord lorsque le capitaine qui se tenait près du timonier s'écria, de toute la force de sa voix: «About ship boys—hardlee—Tacks and sheets—Main sail haul—let go and haul» et la goélette, vive comme un poisson volant, décrivait un demi-cercle avec une telle rapidité qu'elle présenta toute sa quille hors de l'eau. Dès qu'elle se fut redressée sur elle-même et reprit son élan, le capitaine regarda l'autre en murmurant entre ses dents: Tu ne passeras pas au vent à ce coup-ci, ma mignonne, et puis à l'autre bordée il fera noir; ainsi, adieu mademoiselle, votre serviteur; pas pour ce coup-ci, s'il vous plaît.