Au contraire, c’est u qui se change en ui, très malencontreusement, et depuis bien longtemps, dans ju-illet, où l’i ne devrait servir qu’à mouiller les ll, comme dans les finales en -euille et -ouille. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes prononcent encore juliet, qui est le faux mouillage: ce sont les mêmes qui prononcent alieurs. Mais la vraie prononciation est ju-yet[659].
En somme, le groupe -ill- est mouillé à peu près partout à l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes:
1º Les dérivés de vi(l)le, tranqui(l)le et mi(l)le, à savoir: vi(l)lage, vi(l)lette, avec vil-la et vil-légiature, où sonnent deux l, comme dans les mots latins; tranqui(l)lité, tranqui(l)liser, tranqui(l)lement; mi(l)lier, mi(l)liard, mi(l)lième, mi(l)lion, et aussi, par analogie, bi(l)lion, tri(l)lion, etc., avec mil-lénaire, mil-lésime, mil-limètre, etc., où sonnent aussi deux l[660].
2º D’autre part, deux l sonnent aussi, par conséquent sans mouillure, dans pénicil-lé, verticil-lé, sigil-lé, et les mots en -illation et -illaire: scintil-lation, capil-laire (et capil-larité), ancil-laire, etc.; dans pusil-lanime, dans achil-lée et achil-léide[661].
3º De plus, en tête des mots, le préfixe il- reste distinct devant un l: il-luminé, il-légitime, etc.; tout au plus peut-on réduire les deux l à un, si l’on veut, dans illustration, mais, en tout cas, on ne mouille jamais.
4º On ne prononce qu’un l simple dans li(l)liputien, qui a peu de chances de se mouiller, et dans vi(l)lanelle, qui est évidemment protégé par l’analogie de vi(l)le et vi(l)lage[662].
4º L’L double ailleurs qu’après un i.
Après une voyelle autre que i, l’l double fait comme les autres consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu ailleurs. Mais ici, la prononciation double l’emporte de beaucoup, et de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants, soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les ll, comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un l ou deux dans beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite.
C’est après un a que l’l double se réduit encore le plus souvent à un. Cela est indispensable dans a(l)ler, a(l)leu, a(l)liance, a(l)lo, a(l)longer, a(l)lotir, a(l)lumer, ba(l)let, ba(l)lot, ba(l)lant, ba(l)lon, ca(l)leux (à côté de cal-losité); da(l)ler, fa(l)loir, ga(l)lon, ha(l)lali, insta(l)ler, va(l)lée, va(l)lon, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire autant dans des mots aussi usités que a(l)laiter, a(l)lécher, a(l)louer, et même a(l)legro ou a(l)legretto, voire a(l)légresse, a(l)léguer, a(l)léger, ha(l)lucination, et quelques autres, encore que les deux l s’y prononcent le plus souvent[664].
Après e, o, u, y, les deux l se maintiennent mieux qu’après a.