Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est titi(l)le.
Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que par l’œil, c’est disti(l)le; on ne prononce même généralement qu’un l dans disti(l)ler, et, par suite, disti(l)lerie et disti(l)lation.
2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère plus répandue dans les finales en -ille. Cette prononciation ne se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants.
Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez restreint, ou du moins peu populaire: papi(l)le, pupi(l)le, si(l)le, sci(l)le, baci(l)le, vertici(l)le, codici(l)le et myrti(l)le[652]. Les dictionnaires y ajoutent encore fibri(l)le, mais ils feront bien de se corriger sur ce point. Pupi(l)le lui-même est déjà très atteint, et myrti(l)le n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps.
Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants, étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, mi(l)le et tranqui(l)le[653], et un substantif, vi(l)le, avec vaudevi(l)le, dont l’étymologie est toujours contestée[654].
II. Le groupe ILL intérieur.—La finale en -ille étant mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou moins à celle-là le sont également: fusillade et outillage, sémillant ou brillanter (avec castillan et sévillan), corbillard ou babillarde, gaspiller, habillement et artillerie, billet ou fillette, torpilleur et périlleux, pavillon, etc., et tous leurs dérivés.
Ont encore l’l double mouillé quelques mots à finales plus rares: tillac, cabillaud, gentillesse, tilleul et filleul, grillot, tous les mots qui commencent par quill-, ou encore des dérivés comme billebaude, et aussi billevesée, sur qui les avis se partagent, bien à tort[655].
On peut y joindre l’l double espagnol, notamment la finale -illa; malheureusement, à côté de manzanilla, guérilla, cuadrilla ou banderillero, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans chinchil-la (qui devient souvent chinchi-la) et camaril-la: c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger, puisque l’espagnol est toujours là[656].
On remarquera que la finale -ier, qu’on trouve dans un assez grand nombre de mots à la suite de l’l double mouillé, ne change plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale était -er, de même qu’après gn: ainsi quincaillier, écaillière, vanillier, mancenillier, cornouillier, à côté de oreiller, et poulailler, qui avaient aussi un i, et l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire, les finales verbales -ions et -iez ajoutent un yod aux ll mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: nous travaillions se prononce donc nous travay-yons, à côté du présent trava-yons[657].
D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées après la voyelle u. Mais en -uille, cas particulier de -ille, nous connaissons déjà aiguille. On retrouve le même groupe ui suivi de l’l double mouillé dans cuiller, et il est surprenant que l’i ne se soit pas détaché de l’u dans ce mot[658].