M

1º L’M simple.

On a vu, au chapitre des nasales, qu’à la fin des mots l’m ne faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation, purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots terminés en m étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’m final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce: madapolam, harem, intérim, album[672].

Dans le corps des mots, l’m ne nasalise la voyelle qui précède que quand il est suivi lui-même d’une labiale b ou p, ou dans le préfixe em- (pour en-), suivi d’un m: ambition, em-mener, simple, nymphe, compte, etc., et aussi comte et ses dérivés[673].

Devant toute autre consonne, l’m se prononce à part: hamster, décemvir, triumvirat[674].

D’autre part, dans le groupe mn intérieur, l’m avait cessé autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’m avec l’n[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des cas, s’est maintenue dans da(m)ner et ses dérivés, ainsi que dans auto(m)ne, parce que le groupe am ou om s’est d’abord nasalisé: on entend parfois encore dan-ner. Mais on prononce aujourd’hui l’m et l’n dans indem-ne, indem-niser ou indem-nité[676], ainsi que dans autom-nal, mot savant, aussi bien que dans calom-nie, am-nistie, om-nibus et tous les mots récents[677].

Le peuple laisse volontiers tomber l’m dans les mots en -asme et -isme: cataplasme, catéchisme, rhumatisme; c’est une paresse dont il faut se garder avec soin[678].

2º L’M double.

L’m double, entre voyelles non caduques, subit toujours la distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants. Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle qui précède.

On sait déjà qu’après e initial (même devant un e muet), le premier m ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe en qui se maintient en assimilant son n à l’m qui suit: em-mancher, em-ménager, emmener, etc., et par suite rem-mener, etc.[679]. Mais on prononce deux m dans em-ménagogue, mot savant et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en -emment (aman), mais deux dans gem-mation et pem-mican[680].