Après a, i et u, à part les adverbes en -amment, il est très rare qu’on ne prononce pas les deux m, sans doute parce que la plupart des mots sont des mots savants. Épigra(m)me même n’empêche pas épigram-matique. Ga(m)ma est devenu gam-ma. Il n’y a plus guère que enfla(m)mer, qui résiste absolument, et gra(m)maire, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt gram-mairien, et à fortiori gram-matical, sans parler d’inflam-mation. C’est à peine si on réduit encore parfois, quand on parle vite, les deux m d’im-mense, im-mobile, im-moler, im-mortel; mais pour tous les autres mots en im-, à peu près jamais[681].

Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe im- dans im-mangeable et im-manquable. Assurément cela est soutenable, mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la raison qu’on ne nasalise pas le préfixe im- dans im-mobile ou im-modéré, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le préfixe. Mais inébranlable, ineffaçable, et beaucoup d’autres, sont dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale, comme on la maintient par exemple avec liaison dans enorgueillir. Il n’y a pas plus de raison pour prononcer in-mangeable que pour prononcer in-neffaçable, et il est très naturel que ces deux mots suivent l’analogie, comme tous les autres[682].

Reste la voyelle o, dont le cas est tout différent. Il y a en effet un certain nombre de mots en -omme très usités, dont les dérivés et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’m unique: co(m)ment, ho(m)mage, po(m)mier, po(m)made, so(m)met, so(m)mier, so(m)mmeil, etc., et les verbes no(m)mer, so(m)mer, asso(m)mer, conso(m)mer, avec asso(m)moir. Mais déjà som-mité ne se réduit plus guère; on dit souvent aussi som-maire et plus encore som-mation[683].

Il reste encore, outre do(m)mage, les mots composés avec com-. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots plus ou moins savants: on prononce un m dans co(m)mander, co(m)mencer, co(m)mère, co(m)merce, co(m)mettre, co(m)mis, co(m)mode, co(m)mun et même co(m)mende et tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans com-mémorer et ses dérivés, incom-mensurable, com-minatoire, com-modat, com-modore, com-motion, com-mittimus, com-muer, com-mutateur; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans com-mensal, com-menter, com-mentaire, com-misération, souvent même dans com-mandite, malgré co(m)mander.

Toutefois les musiciens prononcent co(m)ma et non com-ma. Pour commissure et commissoire, comme on ne peut pas doubler à la fois l’m et l’s, il y a hésitation, mais on double plutôt l’s: co(m)mis-sure.

N

1º L’N simple.

L’n est la consonne nasale par excellence.

A la fin des mots, elle continue à n’être en français que le signe orthographique de la voyelle nasale: -an, -en, -in (-ain, -ein-, -oin) -on, -un.

Il n’y a d’exceptions à peu près françaises que les finales en -en après consonne, finales autrefois nasales comme les autres, et même en an, puis en in, mais où l’n s’est séparé de la voyelle sous l’influence de l’enseignement du latin, ces mots ayant un aspect latin: lichen, éden, pollen, cyclamen, hymen (sauf parfois à la rime), spécimen, abdomen, dolmen, etc. De tous les mots de cette finale, français ou étrangers, examen est le seul qui ait conservé ou plutôt repris chez nous uniquement le son nasal[685].