Dans le corps des mots, l’x se prononce en principe cs devant une voyelle comme devant une consonne: d’abord dans les finales muettes, axe, rixe, sexe[875]; et aussi bien dans laxatif, axiome ou maxime, lexique ou sexuel, fixer ou luxure, comme dans textuel, bissextil ou mixture[876].
Mais en réalité tous ces mots sont des mots d’emprunt, et il en reste beaucoup d’autres où l’x ne se prononce pas ou pas toujours cs[877].
D’abord nous retrouvons l’s dur simple de la prononciation populaire dans soixante et ses dérivés, où l’x étymologique a été rétabli après coup, comme dans six et dix[878].
Nous retrouvons aussi l’s doux de la simple liaison dans les dérivés de deux, six et dix: deuxième, dixième, sixième, sixain se prononcent comme deu(x) hommes ou si(x) hommes[879].
Mais surtout les mots qui commencent par ex ou x demandent un examen spécial.
On notera en premier lieu que devant une consonne sifflante, c’est-à-dire devant ce ou ci ou devant un s, la seconde partie de l’x se confondant nécessairement avec le son qui suit, le son ecs se trouve réduit à ec: ec-cellent, ec-centrique ou ec-sangue[880].
Au contraire, devant une consonne non sifflante, on a une tendance naturelle, quand on parle vite, et même sans cela chez le peuple, à réduire ecs, non à ec, mais à es: estrême, escuse, espress[881].
Cette tendance doit être combattue en général, notamment quand il n’y a qu’une consonne, comme dans escuse, autrefois correct. Elle est plus admissible dans les mots commençant par excl- ou excr-, comme exclamation ou excrément, mais là même elle est familière et médiocrement correcte[882].
D’autre part et surtout, devant une voyelle, ex- initial (ou hex-) s’adoucit régulièrement en egz. Par exemple: exalter, exhaler, exécuter, exiger, exotique, exubérant, hexamètre, etc., et, par suite, inexigible ou inexact; il faut y ajouter sexagénaire et sexagésime, et peut-être aussi sexennal[883]. Seuls exécration et exécrable sont très souvent prononcés avec cs, par emphase.
Cette tendance à adoucir l’x après l’e initial est si forte qu’elle atteint chez nous jusqu’à la prononciation du latin. On croit même qu’elle a commencé par le latin. En tout cas, il ne nous suffit même pas de dire exeat ou exercitus avec gz: même une expression latine composée comme ex æquo, qui ne peut guère s’altérer en latin, s’altère en français, où nous la traitons comme un substantif: un ex æquo, des ex æquo, et par suite comme un mot simple. Ex abrupto s’altère beaucoup moins souvent[884].